La page blanche

L’hydre qui terrifie tout écrivain. Commencer une phrase, s’arrêter, la remanier, finir par tout effacer. Ce monstre aux multiples têtes connecté à nos neurones ne laisse aucun répit à notre réflexion. Dans notre tête s’enchaînent les synonymes et antonymes que l’on veut placer mais qui ne marchent pas… ou ne fonctionnent pas ? Qu’est ce qui marche, autre qu’un être doué de mouvement ? Sale blague de « joueur sur les mots » encore. Ton téléviseur marche depuis longtemps ? Oh mais c’est qu’il doit être loin maintenant. Ah. ah.

C’est tout un art de jongler avec les mots, je ne comprends pas pourquoi certaines personnes voient cela d’un mauvais œil. La langue française est si riche, ce serait dommage de se priver de toutes les possibilités qui s’offrent à nous de bien choisir ses mots pour faire passer un message au plus près de ce que l’on veut exprimer à l’autre.

Même si, malgré toutes les meilleures volontés du monde, il n’est pas simple de communiquer ni de se comprendre. Comme le dit ce cher Bernard : « Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez en comprendre, ce que vous voulez comprendre, et ce que vous comprenez, il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre ». Et avancer dans les études en communication et sociologie ne m’a pas aidé à mieux me faire comprendre, bien au contraire. C’est comme si mon monde était passé d’une notion bilatérale de la compréhension (je dis quelque chose / tu comprends) à multilatéral (en incluant en plus une notion d’infini qui n’est franchement pas exagérée vu les personnes différentes que je peux côtoyer).

Désormais en plus de choisir mes mots, je m’exprime en tenant compte de la personne, de son passé, de sa sensibilité, de son niveau intellectuel même… Alors oui, je sais, ça fait super prétentieux mais c’est une réalité : on ne parle pas à tout le monde de la même façon. Je fais au mieux, avec mes moyens, pour me faire comprendre le plus justement possible. Sauf que cette multitude de possibilités qui s’est offerte à moi grâce (ou à cause) de mon éducation choisie par mes soins, me fait plus souvent l’effet d’être une araignée dont les pattes sont se empêtrées dans sa propre toile devenue trop gluante à force d’innovations.

Comme me le dit souvent mon meilleur ami : pour une nana avec une maîtrise en communication, tu ne maîtrises rien du tout.
Difficile de le nier.

S’exprimer à l’oral est devenu ma putain de page blanche. Je sèche complètement lorsque je veux dire quelque chose sans blesser l’autre, sans le vexer, bref, sans porter atteinte de façon négative à ses sentiments.

Au final, à trop vouloir simplifier par un effort de vulgarisation, j’en viens purement et simplement à dire de la merde incompréhensible. C’est dingue quand même quand on y pense !

Bernard (encore lui) disait aussi que « la communication est très difficile parce que nous sommes remplis de préjugés, parce qu’on comprend de travers, parce qu’on a des difficultés à s’exprimer et parce qu’on a des difficultés à écouter ». C’est là que je pensais que prendre en compte l’autre aurait pu/dû être un avantage. Grossière erreur car ma prétention s’arrête ici : je suis bien incapable de comprendre et d’anticiper les réactions de l’autre. Bah oui hé, je suis pas omnisciente.

Du coup, est-ce que le fait de vouloir trop bien faire ne serait pas la cause de mon empêtrement idiot dans ma foutue toile ?  Il n’y a qu’une personne au monde qu’il me semble comprendre assez pour ne pas avoir à chercher continuellement mes mots. Une seule personne face à qui mon langage est si fluide, que je peine à refouler mon flot de paroles, vomissant mes phrases dans sa face sans aucune retenue. Comme j’aimerai pouvoir communiquer avec les autres comme je peux le faire avec toi Banana… Une tasse de thé sur un canapé d’un rose que je qualifierai d’argentique (voir polaroïdique) m’a permis pendant de nombreuses années à mettre en forme à la fois mes pensées et les mots pour les exprimer. Quelle félicité de pouvoir parler si librement, d’oublier les contraintes que la communication avec les autres m’impose.

Je tente de refouler mes métaphores continuelles (pourtant la base de ma communication), de m’exprimer clairement et simplement, alors que bordel de merde une métaphore cela devrait être simple à comprendre non ? Si la culture de l’autre est en rapport avec la mienne, souvent ça passe très bien, mais quand ça ne l’est pas, je retourne à ma toile gluante, essayant de chercher des images plus parlantes, plus universelles,… bordel.

Faut que j’arrête de tout imager, de me vexer, de regarder l’autre avec (je cite) ma tête d’ahurie, pour pas qu’il croit que je le fais exprès, ou que je joue sur les mots. Je paraphrase à peine en plus.

Il voudrait mieux de j’arrête de vouloir à tout prix m’exprimer et que juste, je parle, comme le font les autres, sans style, sans images, sans variation, sans allégorie, sans théoriser, sans arrière-pensée, sans cheminement de pensée, sans expression, sans ressenti, sans saveur, sans volonté, limiter les mots que je choisis à leur plus simple expression, bref, sans âme.

Vide.

Comme une putain de page blanche. 

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