Le discours paradoxal amoureux

Nous sommes forcés de nous rendre compte qu’en ce qui concerne les relations amoureuses, nous avons tous un avis plutôt bien tranché… et son parfait opposé dans l’exact même temps. Mes amis n’étant pas tous bipolaires ou schizophrènes, je vais donc partir du principe que leurs avis (paradoxaux et autres) pourraient être généralisables.

Le principe de base est le suivant : l’Homme moderne et hautement consommateur se trouverait, selon une période de sa vie sentimentale, soit dans la case du croyant, soit dans celle du cynique.

Lorsque l’on tombe amoureux (ou que l’on se fracasse, dépendant de la hauteur de départ) il semble que l’hormone du bien-être elle-même se shoote à la méthylènedioxyméthamphétamine (merci Google), ce qui donne cette impression très subjective que le monde est merveilleux, en bref, on est abruti (team-cynique !). Et lorsqu’on se fait jeter par l’élu de notre cœur (aussi appelé par la suite  « l’autre con/ne ») notre système nerveux passe en mode « dépressionnel » (la fameuse dépression passionnelle) et nous rappelle à quel point le monde est merdique, les gens sont cons et les couples qui s’embrassent nous donnent envie de vomir. Et telle une roue de la fortune sentimentale, nous passons sans cesse d’un état à l’autre, suivant et précédant des états de « normalité relative ».

Ainsi, il me paraissait que ces deux états ne pouvaient subsister en même temps. Et pourtant…

C’est en grande conversation (philosophique) que j’ai lâché que le jeune homme que je fréquente en ce moment est peut-être LE bon. Réponse : « Calme toi, il est jeune, il peut se barrer avec une vieille-plus-jeune un jour. » Merci les potes.

Et plus tard dans la soirée, toujours en grande conversation (alcoolique), j’ai lâché cette fois qu’avec la trentaine qui approchait, je commençais à me faire à l’idée de finir ma vie seule, que personne ne me supporterait jamais (oui je suis une emmerdeuse avec un sacré level) ni me m’aimerait. Réponse « Mais non faut pas dire ça ! Tu vas trouver l’amour, LE bon, j’y crois ! ».

Mmmh Mmmh. (Levé de sourcil partagé entre la suspicion et la franche incompréhension).

Quel beau discours paradoxal. Si les autres ne sont que le miroir de nous-même, apparemment faut pas trop chier dans la colle en étant négatif, car cela se reflète sur l’autre. Mais je saiiiis que vous aussi vous avez peur de finir tout seuls, on en a tous peur ! Enfin, tous, peut-être pas, disons un nombre non négligeable de célibataires à la limite entre « espoir infime » et « franche désillusion ».  

Il faut dire que nous sommes à l’aube d’une génération de ratés du mariage. Ceux dont les parents sont divorcés savent que le mariage est une idée de merde, et ceux dont les parents sont encore mariés voient leurs amis se marier puis divorcer commencent à se demander si le mariage est encore d’actualité dans notre société moderne capitaliste*.

À croire qu’on est baisés dans tous les cas.

La team « tous des connards/connasses » prend du terrain contre la team  « Grand Amour » (aussi appelé Team Gisèle). Le cynisme s’empare du romantisme et l’étouffe en son sein. Mais le romantisme parfois tente une percée dans le cynisme.

Ainsi nous sommes nombreux, en début de relation, à nous dire que anyway ça ne sert à rien on se prendra un mur avec celui/celle-là, tout en rêvant la nuit que cette personne posera un jour un genou à terre pour nous demander de vieillir à ses côtés. Oui voilà, vous la sentez l’envolée lyrique de votre cœur qui hurle tel une pucelle de 15 ans (heu… 12 ans ? À quel âge on baise maintenant bordel ?).

Du coup, LA grande question (42), serait celle-ci : La recherche de l’homéostasie entre cynisme et rêverie romantique post-culture cinématographique américanisante est-elle une quête impossible ?  Peut-on trouver un équilibre ou va-t-on continuer à délirer par cycles entre Jane Austen et Frédéric Beigbeder?

*Au passage, j’en profite pour glisser ici une référence à une thèse plus qu’intéressante sur les relations amoureuses dans notre société moderne : « Pourquoi l’amour fait mal : l’expérience amoureuse dans la modernité » d’Eva Ilouz, beaucoup plus intéressante et intellectuelle que les inepties que je peux sortir ici.
C’était la minute culture. 

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