Le processus de création d’un personnage : forme, fond, et degré d’alcoolisme

Si vous êtes déjà en train de réfléchir sur un projet de roman, d’histoire courte ou de scénario, vous avez déjà dû commencer à plancher sur vos personnages et faire quelques recherches basiques sur le web. Ce que j’ai fait à l’époque, pour me retrouver devant des centaines d’articles de blogs qui abordent avec parfois une liste de bullet point assez impressionnante, la bonne façon de créer un personnage.

Je ne vais donc pas m’amuser à faire une repasse sur un sujet assez basique, mais plutôt aborder ma façon de créer un personnage (en même temps, c’est mon blog donc bon…) même s’il n’en demeure pas moins que la première chose à se demander, est quelle sera sa place dans le récit : héro (personnage principal), soutien émotionnel (personnage secondaire), ou simple passant à marcel aux auréoles jaunâtres sous les aisselles pendant une chaude journée d’été (personnage tertiaire, figurant-ou-presque) ? Selon sa place, son développement sera plus ou moins poussé (#MerciCaptainObvious).


Personnellement, je créé mes personnages comme s’ils étaient ancrés dans le réel. Ils sont vivants pour moi et, nuits après nuits, mon inconscient les construit un peu tout seul, comme un jeu de Lego, et quand enfin j’en ai une image claire dans mon esprit, je peux commencer à rédiger, à les intégrer dans des scènes et leur donner des lignes de dialogue.

Construction par l’inconscient j’ai dit ? Voui voui.
Vous méditez sur l’imaginaire d’une plage, dans une forêt ou en grimpant ce putain d’escalier (trop d’essais de cours de médiation chelou) ?

Pour moi c’est à une terrasse de café, entourée de mes amies, à ragoter joyeusement sur eux, une bière à la main, et qui commence souvent par : « Et on peut savoir qui c’est ce connard ? »

[Sa personnalité] Ce n’est pas un connard, c’est…

Une personne normale (ou pas d’ailleurs), avec des qualités et des défauts. Surtout des défauts. C’est important les défauts, ils sont le sel de chaque personnalité et, en plus, ils ont une subjectivité importante : les défauts peuvent être des qualités (et inversement d’ailleurs). Tout est une question de dosage et pour le coup, je suis plutôt une amatrice de l’exagération.

Ainsi je pars de quelques traits de caractères de base (colérique, empathique, cabotin, jovial, etc.) et je les développe au fur et à mesure, les mettant parfois en avant dans toute leur bôté, et parfois, en les poussant à l’excès jusqu’au vomissement (typiquement, la bienveillance est une qualité sauf lorsqu’en face, on a une boule de nerf qui a juste envie qu’on lui foute la paix).

[Son passé] Mais pourquoi il réagit comme ça ?

Une fois que cette première esquisse mentale se fait, il est important pour moi de lui créer son histoire propre, ses craintes, ses faiblesses cachées, qui sont souvent le socle de la personnalité.

Difficile d’imaginer un personnage qui se ferait passer pour une victime tout le temps, mais qui n’aurait pourtant jamais vécu d’événement traumatique, ou qui (au contraire) ne se serait senti tellement délaissé ou rejeté que cela pourrait expliquer cette surexposition de soi, entre le Calimero et l’hypocondriaque. 

[Ses liens avec les autres personnages] … quoi, tu te l’es tapée ?

Bien évidemment : qu’est-ce qu’il fout dans l’histoire ?

Qu’est-ce qu’il veut, qu’est-ce qu’il recherche, quels sont ses rêves et aspirations, mais aussi qui sont ses amis, ses « ennemis », ses fréquentations, toussa toussa. C’est quoi son problème avec tel ou tel personnage, quelle relation entretient-il avec le héros ou l’héroïne ? Est-ce qu’on est dans une vielle histoire « non mais c’est l’ex de… c’est pour ça » ou sommes-nous à racine même de la naissance d’un sentiment inattendu ?

S’il existe dans cette histoire, c’est qu’il a un objectif, il poursuit un but. Bon, j’admets que parfois il peut avoir un but-tout-seul (« cadeau d’anniversaire de moi à moi, comment me remercier ? » – Kuzco) mais dans un roman, ce sont les liens qui se tissent entre les personnages qui sont les plus intéressants.

Un version plus romancée du « kessessé kil me veut l’otre eh ? »

[Son physique] Non mais t’as vu ce cul !

J’ai beaucoup de mal à décrire un personnage si je n’ai pas une image à peu près figée, un support visuel dans mon esprit. Pour cela je parcours le web à la recherche de personnes connues, brunes, blondes, jeunes, vieux, jusqu’à ce que je tombe sur la photo où je me dis (avec plus ou moins d’épiphanie) : « c’est lui/elle ! ».

Ça m’est arrivé pour un personnage de Le temps d’une bulle où, si j’avais bien en tête sa personnalité, sa façon de parler, de se conduire, j’étais cependant incapable de mettre un visage dessus et cela m’empêchait d’avancer.

Heureusement, je suis bien entourée, et ma (chère, loyale et merveilleuse) relectrice des débuts m’a un soir montré une photo d’un chanteur en me disant « moi il me fait penser à lui ». Bingo ! Merci Nana, c’est exactement lui !

Et du coup, tout fait sens : je le connais, je sais ce qu’il veut et je sais à quoi il ressemble.

[Son identité] Et il a un petit nom ce jeune homme ?

Ah. Voilà bien une étape que je zappe avec une rapidité digne d’un super-héros.

Généralement, ça pop tout seul dans mon esprit, dans une combinaison logique de noms déjà entendus quelque part : un prénom de personnage de film avec le nom d’un acteur, un pote qui a un pseudo Facebook sympa, le nom du pote d’un pote d’un pote, etc.

Ou… je me lance dans la lecture interminable de listes de prénoms. Pour Le temps d’une bulle, qui se situe en Ecosse, je suis allée fouiller une liste de prénoms d’origine écossaise, anglaise, galloise et irlandaise : Angus, Murray, Glenn, MacMillan, MacKenzie et j’en passe.

[Son niveau d’alcoolisme] … et donc on était bourrés et…

J’ai travaillé plus de six ans dans un bar et je ne sais que trop bien que les gens sont complètement différents lorsqu’ils sont sous l’emprise de l’alcool. Une jeune fille très extravertie peut se révéler timide et insecure après plusieurs verres, comme un homme très poli et propre sur lui peut se changer en véritable garce (oui, j’ai écrit garce).

Les scènes d’ivresses sont ainsi très drôles à écrire car, peu importe la personnalité choisie pour le personnage, ce sont dans ces moments d’euphorie et de levée des inhibitions que l’on peut aller encore plus loin dans la construction de la personnalité de son personnage, en dévoilant ses faiblesses sur une note humoristique. Ou tout simplement mettre en avant la mauvaise gestion de ses problèmes, de ses humeurs, etc.

Bref : le mec/la nana bourré(e), c’est une autre facette d’un personnage qui ne doit pas être mise de côté !

Ci-dessous je vous laisse avec trois excellents articles du blog le souffle numérique, qui m’avaient pas mal inspiré (et qui est un gros poil plus sérieux sur son contenu) :

Et je le cite, pour inciter les flemmards parmi vous à aller voir ces liens :

« Il est toujours important de penser à la cohérence d’un personnage, notamment en expliquant avec précision chaque décision qui paraîtrait en opposition avec son caractère. Si Mignon Toudou, le personnage principal de votre conte pour enfant, charmant et adorable avec tout le monde, décide de tronçonner toute sa famille un soir où il s’ennuie, il est important d’expliquer que cette décision vient d’un long processus de réflexion, ou que Mignon Toudou est en réalité un ancien détenu évadé de prison. »

Pierrick Messien

Je te kiffe Pierrick.

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