Julian Abbott, ou celui qui n’avait rien demandé

Le personnage de Julian est celui qui m’a posé le plus de difficultés : personnage secondaire, mais essentiel, il n’a vraiment été développé qu’à partir de la construction de la V2 de l’histoire.

Nous avons tous en nous un potentiel de victime. Parce que nous ne sommes pas dans de bonnes conditions morales (deuil, dépression, pauvre estime de soi, etc.) ou juste parce que nous refusons de nous laisser entraîner par la violence d’autrui, parfois, nous sommes dénués d’esprit combattif (et c’est okay) et nous nous laissons marcher sur les pieds.

C’est le cas de Julian.

Beau-fils du personnage principal, Julian a son (bon, gros) lot de merdes : surmonter le deuil de son père à seulement treize ans, évoluer dans une nouvelle ville avec sa belle-mère qu’il connaît peu, se faire emmerder par un groupe de punk (avec son charismatique leader, le merveilleusement détestable Andras MacMillan) et finalement, juste grandir.

« Notre trio s’était mué en un duo terriblement morne, étouffé par la mélancolie ambiante. »

L’histoire commence avec la mort de son père, Joseph (chapitre 1 ici). Pour Julian comme pour Joan, les deux personnages vivent sa mort comme de la perte d’une lumière vitale. Le rythme est lent, chaque jour est long, Julian n’a pas une grande place narrative. Il est en quelque sorte le contexte narratif de l’héroïne.

Vivre le deuil d’un parent, à l’aube de l’adolescence, est une épreuve morale intense, mais qui, souvent, se vit sans reliefs. Certains trouvent dans la colère ou la rébellion une forme d’expression au deuil. Julian, je le voulais apathique : un survivant qui se laisse porter par le vent.

« Il s’était emmuré dans cette attitude maîtrisée, contrôlant en permanence la moindre de ses émotions »

Joan ne cesse de comparer le Julian d’avant, un enfant joyeux malgré une certaine fragilité physique, avec celui qu’elle voit chaque jour : terne, vide, sans vie.

« En le regardant flâner dans les rayons sans grand enthousiasme, je repensais avec regret au temps où il courait partout, et où on pouvait le suivre, dans les labyrinthes des magasins, juste au son de son rire cristallin. »

Il est ce reflet qui lui rappelle sa propre condition (j’avais bien dit qu’il était un contexte narratif), mais un reflet tordu, car contrairement à Julian, Joan n’arrive pas à contrôler ses émotions, et a tendance à se laisse submerger par la moindre injustice. (Ce qui permet de placer l’intrigue principale au passage.)

« Chaque jour il devenait de plus en plus un homme. Je devais lui donner plus d’espace afin qu’il puisse s’épanouir, et cela impliquait de cesser de le materner »

Julian évolue donc en filigrane, au fil des chapitres. Son masque social, apathique et maîtrisé, se craquèle de plus en plus (pas de gros mystère, étant donné qu’on le suit de ses treize jusqu’à ses dix-huit ans).

Si son chemin est semé d’embûches (deuil et intimidation), il est également constitué de marches qui le font avancer : résilience, premier amour (cette chère Diana), besoin de protéger ceux qu’il aime, rébellion contre l’injustice et combats. Dit comme ça, Julian est un peu un Ichigo Kurosaki cheap de roman de gare… (ou c’est parce que je suis en train de me refaire tous les Bleach en ce moment que je le vois comme ça, je sais pas trop, mais ça colle plutôt pas mal).

Pour ce qui est de l’intimidation, comme je l’ai déjà mentionné, c’est à l’époque de ma première année universitaire québécoise que j’ai découvert ce mot et tout ce que cela impliquait (Qu’est-ce que l’intimidation ?). C’était un sujet que je souhaitais vraiment aborder, à travers la relation complexe d’un bourreau et de sa victime.

« Je me retrouvai nez à nez dans les escaliers avec Julian, dont le pantalon trempé et les chaussures dépourvues de lacets chuintaient sur le parquet d’un bruit mou et floche. Il leva les yeux sur moi et sa figure se décomposa. »

Si cet arc narratif a une place de choix dans l’intrigue principale, il était également important pour moi de montrer qu’il existe des moyens de s’en sortir, que même si ce n’est pas simple, se faire intimider n’est pas une fin en soi : ça s’arrête forcément (#HautLesCoeurs !). Et si c’est loin d’être une partie de plaisir, avec (beaucoup) d’optimisme, on peut arriver à voir le bon côté des choses après coup(s) : s’en sortir victorieux, grandi, fier et fort.
(Allez je m’égare dans de la morale à deux balles, désolé, trop de mangas en ce moment).

« Je ne m’étais pas rendue compte à quel point il était devenu imposant. Il n’avait clairement plus rien de l’adolescent frêle qu’il était encore l’an dernier. »

« Julian était rentré amer, renfermé et pressant »

Si Benjamin, le petit frère de Daniel, est l’archétype de l’ado en rébellion, Julian lui, prend son temps avant d’accepter sa colère (qui est pourtant une étape normale et saine). Emmuré dans son apathie, il lui aura fallu une situation bien précise pour qu’il se redresse enfin, et s’affirme. Et en matière d’affirmation, le grincement de dents et les remarques acerbes sont de famille. (Oui, un sale caractère, ça se transmet par mimétisme dans une famille).

En dire plus serait spoiler, donc je m’arrêterai sur cet extrait :

— Putain maman, fais-moi confiance pour une fois.
— « Putain » ? 
Je me levai d’un bond, choquée et énervée par son attitude. Julian avait perdu son sang-froid, mais peu importait ce qu’il se tramait derrière tout ça, ce n’était pas une raison pour me parler de la sorte.

« Ses cheveux clairs d’enfant avaient foncé avec les années. D’un blond sombre aux reflets de miel, ils ondulaient légèrement aux pointes, me donnant une irrésistible envie d’y passer la main malgré ses nombreuses protestations. »

Un ado gentil, timide, apathique et tête de turc, ça ressemble à quoi ? À un petit blond pardi ! Comment ça, c’est quoi cette réflexion à deux balles ?

Bon, peut-être. Mais c’est parce que vous n’avez pas vu la série Teen Wolf et le personnage (tête à claque assumé) de Nolan, joué par Froy Gutierrez. Qui a une bonne bouille de gentil au passage, ce qui correspondait bien à l’idée que je me faisais de Julian. #Choupi

« Bon… Finalement il a vomi et s’est endormi. »

Juste parce que je me devais d’aborder le sujet de l’alcoolémie de Julian. Mais là, pas de grosse surprise pour un personnage secondaire de seize ans : il ne tient pas l’alcool.

Quel était donc l’intérêt de le faire boire alors ? Héhé, tout simplement pour montrer la différence avec les autres personnages. Mister Parfait ne boit pas et ne fume pas. Et s’il le fait, il est mauvais. Prend ton inhalateur et dégueule bien tout dans une bassine Cheh.  

Seul le cliché du BadBoy a le droit de tenir la distance niveau alcool (et un peu Daniel, par son éducation très patriarcale).

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