Le vol de Morphée

Depuis plusieurs semaines, toutes mes nuits se ressemblent. Je ferme les yeux et les rouvre au matin. Je me lève comme je me couche. Des nuits sans rêves.

Je me sens maudite.

On m’a retiré ma plus grande source d’inspiration, celle qui me fait voyager, celle qui met en scène mes idées de romans pour les valider ou les invalider, celle qui me fait oublier que je ne mets plus un pied dehors.

Pourtant, je lutte. Je me force à construire des rêves éveillés avant de me coucher, à former dans mon esprit un semblant de visualisation onirique, mais lorsque Morphée arrive, mon emprise s’envole. Tout se perd.

Je n’ai fait qu’un seul rêve depuis trop longtemps : en camping dans une épaisse forêt, un ourson passait sur le chemin près de notre campement. L’ayant vu trop tard, je m’agrippai bêtement sous la souche d’un arbre, les yeux fermés, en espérant que sa mère ne me voit pas. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Elle me débusqua d’un coup de patte. Sous les cris de plus en plus lointains de mes amis, l’ours sautait sur mon corps pour mettre fin à ma vie. Et moi ? J’avais encore les yeux fermés. Je sentais son poids, son souffle chaud sur mon visage. J’entendais ses exclamations rauques à chaque nouveau coup qu’elle me portait. Mais mes yeux restaient clos. Toutes ces sensations, mais aucune vision. Le noir total. L’Enfer.

Je veux rêver à nouveau que ma chambre se remplit d’eau jusqu’au plafond, que je nage pour passer de pièce en pièce, à la recherche de la surface.

Je veux rêver que je saute de mon balcon (relax, je ne suis qu’au premier étage) et que mes ailes se déploient, pour partir dans une course-poursuite avec un autre être ailé, zigzaguant entre les avions et des zeppelins dignes de plus beaux films d’animation.

Je veux rêver de courir à travers les bois, poursuivie par un monstre immense qui broie tout sur son passage, tel le sanglier de la Princesse Mononoké.

Je veux rêver d’un combat à l’épée contre un chevalier noir, de la traversée d’un pont suspendu alors que des cannibales me poursuivent, de contrées sauvages, de villes inconnues, de personnages extraordinaires… tous ces rêves qui sont l’essence de mes histoires courtes.

Je veux retrouver ce qui m’a été enlevé. Morphée, rends-moi le plus précieux cadeau qui m’ait été fait : mon imagination.

Je ne suis rien sans elle.

Sans elle, je ne suis qu’un humain parmi d’autres.

7 réflexions sur “Le vol de Morphée

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