Ap 38 : « Que fais-tu ici ? »

La confusion créée par Gabriel se trouva amplifiée par le silence qui régnait dans la maison. Pour la première fois depuis longtemps, je me retrouvais seule, et je n’aimais pas ça. Chaque pièce vide hurlait la disparition de mes proches. J’aurais préféré voir Azazel et l’entendre me sortir des bêtises qui m’auraient confortée dans l’idée qu’il était de mon côté, et qu’il n’avait aucune intention de me trahir. Sauf qu’il était dans les Enfers, loin d’ici. Les paroles de Gabriel tournaient dans ma tête dans un écho funeste.

Dans le jardin, les murmures des spectres s’élevaient déjà. Savaient-ils, eux, à qui je pouvais me fier ? Une vague de doute s’insuffla en moi. Incapable de rester en place, je déambulai dans la maison en essayant de rassembler des preuves pour le contredire. Je ne voulais pas qu’il ait raison.

J’étalai tous les livres sur la grande table, de la Bible aux ouvrages de démonologie qu’avait apportés Roberta. Par pure mauvaise foi, je laissai tomber ceux qui allaient dans son sens. Les êtres des Enfers n’étaient pas connus pour leur bienveillance ou leur altruisme envers les humains, mais cela ne voulait pas forcément dire que ma situation ne pouvait pas faire exception. N’est-ce pas ? 

À une heure du matin, je n’avais toujours aucune piste réconfortante. Mes mollets montraient des signes de fatigue à force de monter et descendre les escaliers pour boire un verre d’eau, me coucher, allumer la télé, ranger des affaires, me recoucher. Ce cirque continua jusqu’à ce que je conclus que discuter avec Sërb était la meilleure chose à faire pour démêler mon esprit et calmer mes nerfs.

J’avais confiance en lui. Il n’était pas un être des Enfers. Il était un gardien, comme moi. Et si Gabriel avait raison, alors Sërb était le seul en qui je pouvais avoir confiance.

Incapable de m’endormir, je pris un somnifère périmé appartenant à mon père. Même après sa rencontre avec John, ma mère n’était jamais parvenue à se séparer de certaines de ses affaires. Elle avait gardé dans sa trousse à pharmacie sa brosse à dents, un élastique à cheveux détendu, et son peigne en bois. Je ne saurais dire si le somnifère fonctionna, ou si ce fut la fatigue qui eut raison de moi, mais je finis par m’écrouler sur l’oreiller.

Sentir l’odeur familière de l’herbe humide m’apaisa. Surtout que cette fois, j’avais atterri au bon endroit. Il me fallut une minute cependant, avant d’en être sûre. La forêt avait changé. Autour de la clairière verdoyante, des arbres avaient roussi au sommet, tandis que d’autres avaient coloré de jaune le bout de leurs branches. Des feuilles mortes tombaient et commençaient à en tapisser le sol. C’était l’automne. Je n’avais pas imaginé que les Enfers puissent être soumis aux saisons. J’attrapai une feuille au vol qui traversa ma main brumeuse. Est-ce qu’il neigeait ici, en hiver ? En ville, la neige était sale et collante. Mais ici, ce devait être un spectacle magnifique.

Je secouai la tête. Il fallait vraiment que j’arrête de penser comme ça. S’il y avait un hiver blanc ici, cela ne me concernait pas. Je m’en fichais. Chez moi aussi, il y avait de la neige. Et de la forêt. Il n’y avait rien dans ce monde qui puisse me manquer une fois que tout serait rentré dans l’ordre. Rien.

Pourtant, j’observai les lieux avec attention, m’imprégnant de chaque détail : de la cime des arbres où j’avais volé avec Lucifer, en passant par les fourrés sombres qui m’avaient attaquée, au large tronc déchu à côté duquel Sërb m’avait soignée par deux fois déjà. Je marchai ainsi, le nez en l’air, jusqu’à Sërb. Il dormait près du tronc, et ses cheveux grisonnants couvraient son torse amaigri. Il vieillissait un peu plus à chacune de mes visites. C’était étrange : même au royaume des morts, il était encore possible de mourir. Je m’apprêtai à le réveiller quand j’entendis quelqu’un approcher en chantonnant.

Pas prête à me retrouver nez à nez avec Belzebuth, je courus me cacher derrière le saule. Dans les fourrés, au milieu de la brume infernale, je devins invisible. Les pas se rapprochèrent lentement. Ils étaient légers. Les feuilles mortes bruissaient, et les branches craquaient à peine à leur passage. Je scrutai la forêt. Une immense silhouette en sortit, sans cesser de fredonner d’une voix douce.

Elle avait de longues jambes, fines comme les pattes d’un héron, et de grandes ailes blanchâtres qui formaient une cape autour d’un cou haut surplombé d’une tête ronde. En voulant mieux l’observer, je me penchai en m’appuyant contre l’arbre.

Je ne m’attendais pas à passer au travers. Comme si ce tronc avait été une porte ouverte, mes bras s’enfoncèrent dans le vide et je perdis l’équilibre. De l’autre côté, il faisait aussi sombre que dans un tombeau, et l’air y était humide et épais. Le passage se referma derrière moi.

J’avançai prudemment dans le noir, les mains tendues. Quelques mètres plus loin, la flamme d’une torche vacillait, illuminant une alcôve creusée dans la pierre. De l’eau ruisselait le long des parois. Je me trouvais dans une grotte.

« Que fais-tu ici ? » raisonna une voix agacée.

Lucifer était assis sous la seule source de lumière. Mon soulagement de voir un visage familier s’interrompit lorsque je manquai de trébucher et que mon pied nu sentit le froid du vide en dessous. Je réalisai alors que le chemin étroit sur lequel je me trouvais bordait un précipice. Un caillou y tomba à ma place, et je ne l’entendis pas atteindre le fond. S’il y en avait un. Je déglutis puis avançai, le ventre collé contre la roche, les mains agrippées sur chaque pierre en priant qu’il n’y ait pas d’araignées dans les trous où j’enfonçais mes doigts, jusqu’à l’alcôve. J’avais fait des entrées plus remarquables.

Lucifer était aussi étonné de me voir que je l’étais de me trouver là. L’endroit était lugubre. En arrivant auprès de lui, je découvris une paillasse formée d’un tas de feuilles, ainsi que des affaires éparpillées. Tout portait à croire qu’il habitait dans cette grotte.

« Tu… tu vis ici ? hésitai-je.

— Quelle perspicacité. »

Sa voix avait retrouvé son habituel ton cassant. Je fis mine de ne pas relever, et m’assis maladroitement en tailleur à bonne distance de lui. Mon malaise était aussi flagrant que son agacement. Ce qui était compréhensible. Je venais de pénétrer chez lui sans invitation.

« Comment m’as-tu trouvé ?

— Par hasard, avouai-je. Je contemplais l’automne au-dehors et…

— Ce n’est pas l’automne, me coupa-t-il. Les royaumes célestes sont immuables. C’est la forêt autour de la porte qui est en train de périr. Elle annonce la mort de son gardien.

— Sauf que ça n’arrivera pas, répliquai-je tout aussi brutalement. Les Secwepemc vont fabriquer un antidote. Comme ce sont eux qui ont créé le poison, ils sont certains d’y parvenir. Willie John m’a assuré qu’ils vont tout faire pour finir dans les temps. D’ici deux semaines, Sërb sera guéri.

— Et tu n’auras pas à prendre sa place, ajouta-t-il sur un ton maussade.

Heu… oui, hésitai-je. C’était le plan. »

Je l’avais toujours vu avec le visage fermé de quelqu’un qui s’était fait voler son goûter, mais cette fois, j’avais espéré qu’il se réjouisse un peu plus du fait que j’avais trouvé une solution. Visiblement, c’était raté.

« On dirait que tu ne t’attendais pas à ce que je réussisse, marmonnai-je.

— Non, en effet », dit-il sans m’accorder un regard.

Mon cœur loupa un battement. Je n’arrivais pas à croire ce qu’il venait de dire. Il… Merde. Gabriel avait-il eu raison ? Lucifer souhaitait-il, comme Bel, que je prenne la place de Sërb ? Je le pensais son ami… Une bouffée de chaleur se coinça dans ma gorge. Lucifer s’allongea paisiblement en posant sa tête sur ses bras croisés.

« Tu me surprends chaque fois un peu plus, finit-il par dire avec un faible rictus. Sërb a peut-être raison, en fait, de se reposer sur toi. »

Je le dévisageai, les yeux prêts à sortir de leurs orbites. Mon cœur reprit sa course, et je relâchai l’air dans un souffle erratique, m’étouffant à moitié au passage. Merci pour l’ascenseur émotionnel !

« Mais, tu… tu es content ? Que je réussisse, ou…  ? » bafouillai-je, alors qu’il se bornait à regarder le plafond sans m’accorder la moindre attention.

Il tourna les yeux vers moi et soupira en se redressant.

« Évidemment. Excuse-moi de ne pas croire en toi, dit-il en en plongeant ses yeux dans les miens avec une insistance qui me mit mal à l’aise. Mais essaie de te mettre à ma place : depuis le début, tu n’as pas vraiment démontré un potentiel exceptionnel. Je ne suis pas comme Sërb. Je ne sais que trop bien que la seule bonne volonté ne suffit pas, et même de cela, tu étais dépourvue. J’aimerais te dire que mes espoirs étaient simplement maigres, mais j’ai appris à mes dépens que l’espoir n’était qu’une source de souffrance et qu’il valait mieux s’en défaire complètement. Maintenant que tu es en train de faire tes preuves, je serais plus disposé à croire en toi à l’avenir, même si je ne sais pas à quoi correspondent deux semaines de temps humain ici. Prie pour que cela soit suffisant. »

Je détournai les yeux en direction du précipice.

Ce serait suffisant. Il fallait que ça le soit. Deux semaines pour que Randy Sam et Willie John fabriquent un antidote, et que j’apprenne à créer un portail pour emmener Sërb dans mon monde. Je remontai mes genoux contre ma poitrine et les entourai de mes bras. Le bruit de l’eau qui ruisselait le long des murs s’ajouta à mon cafard soudain. Deux semaines, c’était court. Il fallait que ça marche. Il le fallait, sinon…

Je repensai alors à Gabriel.

« Dis, est-ce qu’il est possible de déterminer si un humain est vraiment un humain ou s’il est, hésitai-je,… un ange. »

Lucifer tourna la tête vers moi, mais je ne bougeai pas, préférant contempler l’abysse qu’affronter son regard après avoir posé une question pareille. Je ne le connaissais pas assez pour savoir quelles informations il accepterait de me partager, ni si je ne dépassais pas une limite simplement en le questionnant.

« En dehors des ailes, et de facultés qui dépassent la compréhension humaine, nous sommes semblables aux humains. Cependant, certains déchus gradés doivent utiliser un corps d’emprunt pour se rendre dans ton monde. Celui-ci possède un système d’attache qui recouvre toute la colonne vertébrale. Si tu as un doute, cherche une cicatrice sur la nuque. »

Ayant vu Azazel sortir de son corps, je connaissais cette information même si je n’avais pas pensé à regarder plus en détail. Il me faudrait demander à Élise si Gabriel avait une cicatrice. Elle devait savoir. Seulement, ce n’était pas tout à fait la réponse que j’attendais. Je déglutis avant de refaire une tentative.

« … Et pour les anges qui viendraient de Sion ? demandai-je en resserrant mes bras. Est-ce qu’ils utilisent aussi des corps d’emprunt ? 

— Non.

— Alors… si l’un d’eux se trouvait dans mon monde, comment je pourrais le reconnaître ?

— Je ne sais pas. En dehors des ailes que l’on peut dissimuler, il n’y a rien qui nous diffère d’un humain. »

Il avait dit « nous ». Je tournai la tête, accrochant son regard inquiet.

« Ce serait plus simple si tu m’expliquais ce que tu as en tête. »

Nous arrivâmes ainsi à ce que je voulais éviter en entamant cette conversation. Gabriel m’avait mise en garde contre Azazel, avant de parler au pluriel, et Lucifer et Sërb étaient les seuls êtres des Enfers à m’aider. Quatre aussi, dans un sens. De manière étonnamment fortuite.

Les yeux bruns sans pupilles de Lucifer étaient soucieux. Il attendait une réponse, et je ne faisais que le détailler, mettant en perspective les récriminations du blondinet. En dehors de son pessimisme communicatif, Lucifer était loin de l’idée que je me faisais d’un être pernicieux. Même s’il ne portait qu’un pantalon en tissu, et que celui-ci retombait bien trop bas sur son pubis, à la limite de l’attentat à la pudeur, il ne semblait pas porté sur la chose comme pouvait l’être Azazel. Quant à être un traître… Je l’avais entendu pester de toutes ses forces qu’il n’en était pas un. Cependant, je n’avais aucune certitude. Je n’avais rien en dehors d’un ressenti tout ce qu’il y avait de plus subjectif.

« C’est un gars de mon lycée, il… Il a l’air de connaître mieux que moi la situation alors que je suis la principale concernée.

— Un autre gardien, peut-être ?

— Peut-être… »

Je n’avais pas pensé à cette possibilité. Selon les Secwepemc, les gardiens naissent au sein de peuples des Premières Nations. Gabriel ne ressemblait pas à un autochtone, mais moi non plus. Si ma mère était de descendance grecque, Gabriel pouvait très bien venir d’un peuple d’hommes forts, grands, blonds, aux yeux bleus et aux abdominaux proéminents. Des Vikings ?

« Si tu veux un conseil, écoute ton instinct. Si tu penses que tu dois t’en méfier, éloigne-toi de lui. Ton instinct est ton meilleur guide.

— J’ai quelques doutes là-dessus… »

Surtout depuis que mon instinct m’avait précipitée sur Quatre, même si le karma avait été sympa avec moi et qu’il m’avait rapidement rendu mon geste débile en me sauvant la vie en retour. Cependant, la sensation d’être passée très près du drame persistait.

« Aie confiance en toi.

— Comme tu as confiance en moi ? »

Il força son rictus. Au moins, nous étions sur la même longueur d’onde à présent.

Je voulais lui demander si je pouvais également faire confiance à Azazel. C’était idiot, je le savais. Lucifer me l’avait envoyé pour me garder en vie, et jusqu’ici, Azazel avait fait bien plus que ça. Non. J’avais confiance en lui. Les mots de Gabriel n’avaient été prononcés que dans le but de me faire douter. Mission réussie. 

« Tu m’as l’air d’avoir beaucoup de choses en tête.

— Oui. Ce qu’il a dit m’a pas mal… perturbée. Il a laissé entendre qu’Azazel n’était pas du tout là pour m’aider », finis-je par avouer. 

Au lieu de s’énerver ou d’en être choqué, Lucifer laissa échapper un petit rire mélodieux.

« Il n’a pas tort, dans un sens. Il ne t’aide pas, il me rend service. Ce ne sera pas une surprise si je te dis qu’Azazel est égoïste, fainéant, et qu’il a des mœurs, disons… douteuses. Tu as déjà dû t’en rendre compte. Cependant, il est fidèle en amitié. Lors de la Grande Guerre, je fus le premier à être déchu. Il aurait pu se taire et conserver sa place privilégiée à Sion, mais il s’est rangé à mes côtés, parce qu’il croyait en moi et en la cause que je défendais. Peu lui importe les conséquences quand il choisit de suivre une voie. Je lui ai demandé de te protéger contre Belzebuth, et il a accepté de son plein gré. Il doit râler, je n’en doute pas, mais il ne se dérobera pas. Sur ça, tu peux lui faire confiance.

— Merci, murmurai-je. Merci de me l’avoir envoyé.

— Sa compagnie peut être pénible, mais il est le plus à même de veiller sur toi. Il a été le commandant en chef des déchus durant la Grande Guerre, alors il doit se sentir surqualifié pour cette tâche.

— Qu’est-ce qui a provoqué cette guerre ? Azazel a éludé ce sujet.

— Parce que nous n’en parlons jamais. Ressasser de mauvais souvenirs n’est qu’une source de souffrance inutile. »

Il se leva pour prendre une couverture, et la lueur de la torche éclaira son dos lacéré. C’est là que je compris. Belzebuth n’était pas responsable de ces marques. Lucifer se les infligeait lui-même. En tant que premier déchu, il devait se sentir coupable. La guerre, la rébellion des anges, le clan céleste divisé, et tous les morts qui en avaient résulté, sans compter l’éveil de Sërb. Lucifer était celui par qui tout avait commencé. Moi qui me lamentais sans cesse sur mon sort et sur les conséquences pour mes proches, je ne pouvais que le comprendre.

Je posai mes bras en arrière et changeai de sujet.

« Comment tu fais pour vivre ici ? C’est sombre, froid, et glauque. » 

Ce qui lui ressemblait bien, en fait. Il étala la couverture sur le sol et se coucha au bord.

« Allonge-toi, dit-il en tapotant l’espace libre.

— … pardon ? »

Je ne m’attendais pas à ça de sa part. Dans ma tête, la voix de Gabriel répéta « obsédés, obsédés » comme un écho.

« Regarde », dit-il en tendant le doigt vers le plafond.

Je levai les yeux. Des milliers de lucioles tapissaient la voûte. Leurs corps lumineux brillaient et pulsaient comme les étoiles. Je m’allongeai à ses côtés pour apprécier le spectacle.

« … c’est magnifique, soufflai-je.

— N’est-ce pas ? J’ai tenté de les placer pour former des constellations, mais elles finissent toujours par se décaler et se mélanger. Elles n’en font qu’à leur tête. »

J’observai les lumières en suivant son doigt. Je reconnus Andromède, Cassiopée, le Centaure… et mes connaissances en astronomie s’arrêtaient là. Lucifer semblait si paisible que je n’osai lui demander quelles étaient les autres constellations. Les lucioles clignotèrent et leur lumière verte se troubla jusqu’à se muer en un jaune pâle.

« Oh ! Elles changent de couleur ! »

Je tournai la tête vers Lucifer. Il s’était endormi. Son torse se levait et s’abaissait dans un mouvement régulier. Je repris ma contemplation de ce faux ciel, et la grotte ne m’apparut plus comme un endroit sordide, mais comme un lieu de paix, rythmé par le souffle lent de sa respiration.

Au bout d’un moment, il se tourna. Allongé sur son flan, l’air paisible, il leva lourdement le bras en l’air, décrivant un arc de cercle qui ne pouvait que finir par retomber sur… moi.

Meeeeer…

Je me redressai dans mon lit, haletante. Heureusement, j’étais partie avant qu’il ne me touche. Ça aurait été très gênant. Je me replaçai au bord de mon lit, et tendis le bras sur la place laissée libre, là où il se trouvait quelques minutes auparavant.

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