Ap 46 : « Franchement ? J’ai rien compris. »

L’aurore pointait le bout de son nez. Les premiers rayons de soleil coloraient l’est d’une pointe orangée, alors que je me redressai péniblement. L’orage s’était calmé, nous offrant enfin un peu de répit après l’averse de cette nuit. Les gouttes ricochaient sur le dôme comme sur la surface d’un lac, créant des cercles concentriques. J’avais mal partout, des hématomes gros comme des melons, et il ne me restait qu’un œil valide, mais nous étions vivants. Nous avions survécu.

Azazel était encore inconscient, mais sa respiration s’était apaisée, sa fièvre était tombée, et ses plaies se refermaient. Il était en train de guérir, de ça, j’en étais sure. Cela faisait plusieurs heures que je le veillais.

Sa peau s’était recouverte d’une fourrure bleue outrageusement douce, le transformant en une gigantesque peluche pour demoiselle en dépression nerveuse. Parfait pour moi. Les fibres bleues duveteuses se tressaient autour de ses blessures, nettoyant le sang, et régénérant sa peau. Je m’étais lovée contre lui jusqu’au matin. 

Je tendis la main vers les gouttes de pluie qui tombaient sur la surface chatoyante du dôme en créant des cercles. Du bout du doigt, j’en dessinai les contours.

Après le départ d’Amon, j’avais cherché dans les carnets personnels de Roberta une formule qui nous rendrait invisibles. Si Azazel avait gardé son corps d’homme, j’aurais peut-être pu le porter jusqu’au canapé, à l’abri du sceau. Mais sous cette forme, seule une grue serait en capacité de le soulever. Il me fallait attendre qu’il reprenne conscience pour qu’on puisse rentrer au chaud, en sécurité, à la maison.

Une des formules créait une sorte de dôme qui nous protégeait des démons, des êtres magiques, et présentement, de la pluie. Malgré ma fatigue, j’avais réussi du premier coup à le mettre en place autour de nous deux. Je ne voulais pas le laisser seul, dehors. Pas après tout ce que nous avions vécu ensemble.

Grâce à Roberta, les passants matinaux ne verraient qu’un immense cercle de sel rose et de quartz… au milieu d’un jardin dévasté. Les buissons déracinés reposaient entre plusieurs trous béants. À croire qu’on avait tenté de se débarrasser de taupes à coups de dynamite. Une chauve-souris retardataire voleta jusqu’au toit. Je la regardai se glisser péniblement sous la charpente. Je ne pus m’empêcher de penser à lui.

Quatre n’était pas revenu. Je me demandai s’il s’en était sorti. Encore une fois, il était venu à mon secours. Le lever de soleil imprégnait le ciel. S’il était comme ces chauves-souris, je ne le reverrais pas de la journée. C’était mieux ainsi, de toute façon.

Je touchai à nouveau la barrière. Elle grésilla à mon contact. Ce son rappelait celui d’un soda frais qui pétille contre les cubes de glace. Je la caressai, l’esprit ailleurs, quelque part où il n’aurait pas dû s’aventurer, je le savais. Mais je ne pouvais pas m’en empêcher. Cela faisait trois fois qu’il était intervenu pour m’aider. Je n’arrêtais pas de me demander pourquoi. Cela n’avait pas de sens.

Le chatoiement du dôme me rappela celui de mon premier portail réussi. Je passai ma main d’un bord à l’autre de la barrière, me laissant bercer par ce son, puis me mis à décrire un cercle. Absorbée par la lumière qui scintillait, je dessinai ce cercle plusieurs fois de suite, exactement comme le faisait ma mère. La lumière du dôme devint blanche sous mes doigts, formant peu à peu un cercle blanc. Je posai ma main au centre. Le noir s’infusa immédiatement.

Sans réfléchir, je plongeai ma main dedans. Le cercle s’élargit autour de mon bras, créant un portail donnant sur la clairière de Sërb. L’image floue vibrait à mesure que le portail s’élargissait, puis se stabilisa. Je vis le vent souffler sur l’herbe rase, et les feuilles tomber en tourbillonnant, mais pas le tronc d’arbre contre lequel Sërb avait l’habitude de se poser. Je tournai ma main, déplaçant le cercle d’un même mouvement. Enfin, j’aperçus le grand portail d’Or et un bout de l’arbre couché. Une silhouette d’homme se plaça devant le portail. Elle marchait de long en large, visiblement inquiète. 

Mon estomac se contracta, et le goût du sang s’invita dans ma bouche. Je posai ma deuxième main sur le cercle qui s’élargit assez pour que je puisse passer. Le sang ruissela sur mes lèvres. Je n’avais que peu de temps pour me décider. Je jetai un dernier regard sur Azazel, sur son torse qui montait et descendait, sur ses yeux toujours clos. Cette nuit, j’avais prouvé que je pouvais me débrouiller sans lui. Du moins, en partie. Qu’en serait-il de celle-ci ?

Alors, fermant les yeux, je tentai ma chance.

J’entrai dans la clairière comme l’on rate une marche durant un rêve. Un léger soubresaut, et je traversai, en chair et en os, à un mètre au-dessus du sol. J’atterris sans aucune délicatesse sur la silhouette que j’avais aperçue. Ce fut mon front, cependant, qui atterrit en premier. Sur le sien. La douleur que je ressentis alors n’avait rien d’éthéré. Elle était tout ce qu’il y avait de plus réel.

J’avais réussi. J’étais passée.

Ce fut à moitié sonné par l’impact que je rouvris les yeux pour me découvrir étalée de tout mon long sur le corps à demi nu de Lucifer, dont le visage habituellement impassible était tordu de stupeur. Avec ses joues cramoisies, il n’avait jamais eu l’air autant humain qu’à cet instant. Je me redressai sur mes mains. Mes cheveux coulèrent le long de ma nuque et entourèrent sa tête d’une cascade blonde.

« J’y suis arrivée », déclarai-je en souriant, juste avant que ma vision se brouille et que je perde connaissance.

J’ouvris un œil. Le gauche resta fermé, collé par quelque chose. Tout était noir, froid, humide, et douloureux. Je mis un moment à me souvenir de ma prouesse et à comprendre où je me trouvais. Je me redressai d’un bond. La tête me tourna et je vacillai.

« Eh, là, doucement. Tu n’es pas immortelle, alors cesse de t’agiter.

— Qu’est-ce que c’est ? demandai-je à Lucifer en enlevant l’immonde pâte gluante et puante qui était collée sur mon œil.

— C’était un cataplasme de plantes, soupira-t-il en le reprenant.

— J’ai mal… Pourquoi j’ai mal ?

— Vu ton état, c’est compréhensible. Que t’est-il arrivé ?

— Amon a débarqué ! Dans mon jardin ! Juste après qu’on se soit vus, me mis-je à débiter à une allure difficile à suivre. Puis Quatre, et Aza, et ça se battait dans tous les sens, il pleuvait, puis un démon m’a frappée. Non, ça, c’était avant. Mais après, ils sortaient de partout, ils étaient des dizaines ! Non ! Des centaines ! Amon claquait et claquait des doigts, ça n’en finissait pas ! Il sifflait comme si de rien n’était, et il m’a même traînée au sol comme un sac de patates, et tu sais pas quoi ? En fait, c’était le gamin des voisins ! Enfin, je suppose que non, il ne l’a jamais été, c’est juste moi qui avais présumé que… »

Lucifer s’accroupit et posa un doigt sur ma bouche.

« Cesse de t’agiter, dit-il calmement. Tu dois te reposer. »

Les torches brûlaient sur les parois de la grotte, le baignant dans une lumière diffuse. D’un mouvement lent, il reposa le cataplasme sur mon œil. Je me laissai faire sans cesser de le regarder. Les personnalités calmes possédaient un don particulier pour m’apaiser. Quil avait ce don aussi. C’était une des choses que j’appréciais le plus chez lui.

Un nouveau rictus illumina le visage de l’ange.

« Aza ? se moqua-t-il gentiment. J’en déduis que vous vous entendez mieux que prévu.

— Oui, il… Il est encore inconscient, me rappelai-je. Je l’ai laissé seul dans le jardin, fiévreux et touffu… »

Lucifer leva un sourcil interrogateur.

« Touffu ?

— Qu’est-ce que je peux faire pour l’aider ? demandai-je sans attendre.

— Ne t’inquiète pas. Laisse-lui du temps, il va guérir de lui-même.

— Je ne veux pas qu’il meure, lui aussi », soufflai-je à voix basse.

Lucifer releva mon menton et planta ses yeux dans les miens. Une mèche brune retomba sur son front. Son nez menaçait de toucher le mien. J’atténuai mon souffle. Il n’avait pas l’air d’avoir conscience de ce qu’était l’espace personnel. J’étais un peu gênée par cette proximité, mais n’osais le lui dire. Mes joues devaient parler pour moi.

« Cinq est immortel. Il ne peut pas mourir, dit-il avec une lenteur exagérée. Je suis désolé pour ton amie, mais ne perds pas espoir trop tôt : des âmes mortelles ont pu quitter les Enfers. À l’époque où Thanatos était le passeur attitré des Enfers, Alceste en est sortie. Sisyphe aussi, pendant un temps. Quant à Eurydice, le contrat n’a pas été respecté par Orphée, mais sinon elle serait sortie. Tout ça pour te dire qu’il y a encore de l’espoir. »

Lucifer parlait avec une douceur surprenante. J’avais du mal à le reconnaître, lui qui avait toujours été si froid, cassant, et hautement pessimiste.

« Je croyais que tu avais rejeté toute forme d’espoir, murmurai-je.

— Je… hésita-t-il. Disons que je suis en train de reconsidérer ma position sur certains sujets en ce moment. Sur l’espoir, notamment, dit-il en s’éloignant juste assez pour que je puisse reprendre mon souffle. Vois-tu, il y a une personne qui s’acharne à me prouver que j’ai tort, et j’ai envie de savoir jusqu’où elle est capable de pousser ce vice. »

Mon visage grimaça un sourire sans ma permission, et je sentis mon cœur se réchauffer dans ma poitrine. Il croyait enfin en moi. Il me rendit mon sourire, avec un rictus léger, mais sincère. Puis il replaça une mèche derrière mon oreille sans décoller ses yeux des miens.

« Et maintenant, que comptes-tu faire ?

— Pousser mon vice au reste du monde », souris-je, confiante, pour la première fois.

Je reformai un portail depuis la grotte et traversai sans difficulté. J’apparus à un mètre au-dessus du perron, et me retins in extremis à la rambarde. Dans le jardin, le dôme scintillait. Il était vide. Aza avait disparu, et la nuit était déjà là.

Au moment où je franchis la porte, il me tomba dessus, beuglant et gesticulant. Il avait revêtu son corps de jeune homme et il semblait aller bien. J’étais soulagée.

« Mais qu’est-ce que tu foutais ? T’étais où bon sang ? T’as vu l’heure qu’il est ?

— De l’autre côté, Aza. J’ai réussi ! Je suis passée ! » lui répondis-je, aussi gaie que lui était agacé.

Il afficha alors une drôle de grimace, entre étonnement, fierté et ennui. Cela emporta mon optimisme au loin.

« Tu as disparu toute la journée. J’ai cru qu’Amon t’avait… J’ai contacté ton cureton, ajouta-t-il sombrement. Je lui ai dit que tu avais besoin de lui, et que s’il ne ramenait pas ses fesses dans l’instant, je lui réserverais une chambre à côté de la mienne dans les Enfers. Il est en chemin. Ne me refais plus jamais peur comme ça. Putain, gamine, j’ai vraiment cru que… »

Puis, sans crier gare, il m’attrapa et me serra contre lui avec force. Je manquai d’étouffer, et tentai de me dégager, mais il ne me lâchait pas.

« T’as vraiment une sale gueule. »

Il resserra son étreinte une dernière fois, le temps de terminer de me couper le souffle, avant de me relâcher. J’ouvris la bouche, mais il coupa mon élan en me shampouinant violemment le haut du crâne puis partit à l’étage en se raclant la gorge.

Alors celle-là, si je ne l’avais pas vécue, je ne l’aurais jamais crue…

Il redescendit une minute plus tard avec un rouleau de papier sous le bras qu’il posa sur la table basse. Son inquiétude avait cédé la place à une excitation qu’il avait du mal à contenir.

« J’ai un plan », déclara-t-il fièrement en le déroulant.

Je crus pendant une seconde qu’il avait élaboré une stratégie offensive, ou quelque délire militaire digne de sa condition d’ancien commandant en chef des anges déchus, mais ce qu’il appelait « plan » se limitait à un vague gribouillis qui formait une carte indéchiffrable.

Je soupirai. Les traits devaient représenter des chemins ou des couloirs, mais ils se croisaient et se superposaient sans logique. Il avait écrit « escaliers » à côté d’une spirale crayonnée à la va-vite, et avait marqué d’une croix rouge un emplacement qui se situait visiblement à la rencontre de trois couloirs, de cinq chemins sinueux, des escaliers, et à quelques pas de l’ascenseur de la tour Céleste. Je pris sa carte et la tournai dans tous les sens. Non. Rien à faire.

« J’ai beau l’analyser sous toutes les coutures, ton plan, j’ai aucune idée d’où je dois aller.

Eh bien, à l’armurerie, dit-il simplement. 

— Attends, c’est la croix rouge là ? »

Il hocha la tête, fier de son dessin. Je me pinçai l’arête du nez en essayant de rester calme. La douleur me fit la relâcher presque instantanément.

« Et… comment j’y accède ?

Eh bien, tu suis le plan, continua-t-il sur le même ton d’évidence.

— Super. Génial. Un plan sans chemin clair ni mention des niveaux. Bon. On va reprendre du début : c’est quoi la stratégie ?

— Ça n’a pas changé : le créage de portails, ça, c’est fait. Alors on passe au volage du trancheur. Pour ça, pas de panique, Lucifer t’accompagnera. Et après, le grand final : évadage de Sërberus jeudi au plus tard pour respecter les délais. Ensuite viendra antidotage, guérissage, libérage de la rouquine, rentrage à la maison, et tout reviendra à la normale pour tout le monde. Rapide et facile, maintenant que le plus dur est fait. Voilà. C’est le plan dans les grandes lignes. C’est bon pour toi ?

— Franchement ? J’ai rien compris. Mais j’ai pas d’autre idée et je suis trop claquée pour réfléchir. Du coup… on va faire ça. »

Les complications s’ajoutèrent lorsqu’il s’attarda longuement sur des détails inutiles tels que les légendes de la carte ou les impasses à ne pas prendre. Plus Azazel se perdait dans ses explications avec cette décontraction exagérée, plus je suais à grosses gouttes. Je ne cessais de poser des questions et, finalement, je découvris ce que son flegme dissimulait : l’armurerie se trouvait au niveau quatre, dans le labyrinthe des châtiments.

Le labyrinthe des châtiments était un interminable couloir de salles où étaient enfermées les âmes mortelles les plus noires que le monde ait engendrées, dans lesquelles elles subissaient une damnation éternelle avec châtiment personnalisé en option. Autant dire que cela n’avait rien d’une promenade de santé « rapide et facile » comme il essayait de m’en persuader depuis une bonne demi-heure maintenant.

C’était une zone à accès réglementé, interdite aux infernaux non-habilités. Les traqueurs, ces oiseaux de malheur qui m’avaient poursuivie à travers la forêt le jour où Belzebuth m’avait forcée à me suicider, y patrouillaient pour vérifier qu’il n’y ait ni fuites ni entrées illicites. Les infernaux comme Lucifer ou Azazel se feraient immédiatement prendre en chasse par eux.

Autrement dit, une fois arrivée au niveau quatre avec Lucifer, je devrais faire le reste du chemin seule, en me faisant la plus discrète possible.

Azazel comptait sur le fait que je sois encore vivante pour qu’ils ne me repèrent pas. Les traqueurs ne poursuivaient que les âmes des morts. En théorie, il n’y avait aucun risque. Sauf si, bien sûr, une âme damnée tentait de s’enfuir au moment où je me trouvais dans le coin, qu’il y avait un changement de tour de garde, ou que Baël, qui gère ce niveau, décidait d’y faire une ronde inopinée.

Je commençais à grincer des dents en écoutant Azazel déblatérer ses recommandations vaseuses. Pour couronner le tout, il m’informa que l’armurerie se situait, selon lui, mais sans en être absolument certain, bien que pratiquement sûr, dans une salle au fond et probablement à droite. Autant dire qu’il n’en savait rien.

« Mais ne t’inquiète pas, tu ne pourras pas te tromper, il y a un panneau. Il s’agit d’une salle poussiéreuse, vu qu’on ne l’a pas utilisée depuis la guerre. Au fait, à l’entrée, il y a un livre sous lampe. C’est le registre pour tracer les emprunts. Astaroth tient beaucoup à son système, insista-t-il.

— … Est-ce que t’es en train de me demander de signer le registre de mon nom pour garder une trace de mon vol ?

— Oui. Alors, je sais que ça peut paraître idiot dit comme ça, mais je te promets que ça nous sera utile si tu te fais prendre. Ce qui n’arrivera pas, bien sûr. Mais, si jamais, il vaut mieux assurer nos arrières. » 

Je haussai les épaules. À ce stade, je ne voyais plus à quel moment cela pouvait bien se passer. Malheureusement, notre choix d’options était inexistant, et le temps nous manquait. Nous devions suivre ce plan en priant pour que tout se déroule comme prévu. Ou presque.

Je pris le temps d’une longue douche, de soigner mes blessures à grand renfort de pansements et de bandes, d’enfiler des vêtements sombres et pratiques, et descendis dans le salon un peu avant minuit. Azazel m’attendait en faisant les cent pas. Il approuva ma tenue d’un levé de pouce et me tendit la sacoche de sport de Matt. Elle était beaucoup plus grande que mon sac à dos, ce qui laissait à penser que le trancheur pouvait avoir la taille d’une épée. Pouvait, car bien évidemment, Azazel n’avait pas la moindre idée de ce à quoi il ressemblait.

Le trancheur, le plan, tout était un coup de poker. Je soupirai, mais gardais espoir que Lucifer, lui, sache dans quoi nous allions mettre les pieds. Après avoir écouté de nouvelles recommandations vaseuses, je fourrai la carte dans la sacoche, et ouvris un portail à l’orée de la forêt qui entourait la clairière de Sërb. Si Lucifer n’y était pas, je prendrais le raccourci vers sa grotte.

« Allez. Bon. Ne traîne pas. Tu trouves Lulu et vous filez direct à l’ascenseur.

— Oui, dis-je en m’appuyant contre la paroi du portail, prête à sauter.

— Une fois au niveau quatre, pas la peine de faire le tour du propriétaire, cherche juste le trancheur et rentre dès que tu l’as en main.

— Oui, oui, m’impatientai-je, un pied déjà sur le contour du cercle noir.

— Rappelle-toi que la mesure du temps est différente et imprévisible, me répéta-t-il. Alors, ne traîne pas.

— Je sais ! C’est bon, je peux y aller ?

— Une dernière recommandation, avant que tu rejoignes Lucifer. Je sais que je t’ai dit qu’il était un allié, mais ne te repose pas trop sur lui. Si l’occasion se présente de sauver ton monde et le nôtre à la fois, il n’hésitera pas à te mettre lui-même à la place de Sërberus. Sache-le.

— Et c’est maintenant que tu le dis ? m’étranglai-je.

— Allez gamine, me coupa-t-il, concentre-toi sur la mission. »

En guise d’encouragement, il me donna une claque sur les fesses qui me fit perdre l’équilibre.

« Eh ! » m’offusquai-je en plongeant à travers le portail en tournant sur moi-même.

Le sourire forcé d’Azazel et son air inquiet furent les dernières images que je vis avant que mon dos heurte le saule.

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