Ap 7 : « J’ai failli attendre »

Lorsque la nuit arriva, je fus à nouveau happée dans mes rêves. Tout était sombre et, privée d’une bonne partie de mes sens, j’étais captive du brouillard. Mais cette fois, il y avait quelque chose de différent. L’odeur d’une cigarette flottait dans l’air.

Mon pied se posa sur ce sol meuble que je commençais à connaître et, sans crier gare, le brouillard tomba brusquement. Je pus enfin découvrir le monde dans lequel je me trouvais. Parmi les formes encore floues se dessinaient des arbres immenses, de l’herbe, et une silhouette sombre, qui se tenait à quelques mètres de moi. La lueur rougeoyante de sa cigarette brillait comme un phare en pleine nuit. Elle agressait mes yeux qui peinaient à discerner les éléments alentour.

« Te revoilà enfin. J’ai failli attendre. »

Tout alla alors beaucoup trop vite. En une fraction de seconde, la silhouette apparut devant moi, et je fus projetée en arrière. Sa main saisit mon cou dans l’élan.

« Je te tiens ! »

Mes doigts tentèrent de retirer les siens. Je me débattais de toutes mes forces, les pieds dans le vide, mais il m’était impossible de me dégager de son emprise. Remontant le long de ses bras, je cherchais à atteindre son visage. Si mes lèvres avaient pu laisser sortir des mots, je l’aurais supplié. Sa main serrait ma gorge. Je respirais avec difficulté. Incapable de parler. Incapable de supplier.

« Mais t’es quoi, bordel, pour te mettre sur mon chemin de la sorte ? s’emporta-t-il. Qu’est-ce que tu fais dans mon monde ? »

Je cessai de me débattre, surprise par sa question.

La masse brouillée de son visage se rapprocha si près du mien que je pus sentir les relents de tabac de son haleine. C’était comme s’il sondait mon âme à la recherche d’une réponse. Ses yeux étaient plantés au fond des miens. Des yeux jaunes, avec des traits d’or qui striaient ses iris.

« J’y crois pas, il avait raison… murmura-t-il alors. Quelle merde ! Eh bien, dommage pour toi fillette, mais ton implication s’arrête ici. » Ma trachée explosa sous ses doigts.

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