Interlude : Astaroth

Petit délire après le chapitre 35, histoire d’avoir un autre point de vue, celui d’Astaroth, Lieutenant de Belzebuth. Bonne lecture!

Un boucan de tous les diables résonnait dans les couloirs de la tour, provenant de la salle du Conseil. Je supposais que Belzebuth était encore en train de passer ses nerfs sur le mobilier. Une nouvelle habitude qui lui était apparue depuis que Sërberus était tombé malade.

Ne pouvant travailler dans ses conditions, je me décidai d’aller lui en toucher mot. Son statut de commandant en chef des Enfers ne le dispensait pas de montrer un semblant de respect envers ceux qui s’efforçaient de faire tourner la boutique à sa place. 

« Bel ? »

Je passai précautionneusement la tête par la porte pour le trouver sous sa forme animale, ailes déployées, accroché au plafond en train de déchiqueter les rideaux avec les dents. Seigneur… Ne pensait-il donc jamais à ceux qui s’étaient donné du mal à les concevoir ? J’avais participé à choisir l’étoffe et à la coudre avec les tisseuses du Tartare.

Il m’entendit soupirer et descendit en reprenant peu à peu une apparence plus convenable.

« De mauvaises nouvelles, je suppose ?

— Je ne vois pas ce qui te fait penser ça, dit-il en regardant ailleurs et en époussetant son costume.

— Une intuition. »

Il avait vraisemblablement les nerfs à vifs. Depuis quelque temps déjà, une affaire semblait le tracasser, mais il n’avait pas cru bon de m’en informer. Pourtant, en tant que Premier Lieutenant, j’étais plus que qualifié pour gérer les problématiques Infernales. Il devait avoir monté un plan bancal et ne souhaitait pas que son échec soit mis en avant.

« Je ne sais pas si tu t’en rends compte, soupirai-je, mais tu viens de détruire des rideaux d’une sublime étoffe de soie que j’avais fait spécialement importer de l’Empire perse, et qui est désormais introuvable, car incroyablement vintage.

— Oh, crois-moi, j’en avais parfaitement conscience. »

Bel grinça des dents avec un insupportable son aigu. Il tenait les lambeaux de rideaux entre ses griffes, les serrant de plus belle. À croire qu’il avait un différend personnel avec ceux-ci.

« Bref. Quand tu auras fini de mettre à mal la décoration que j’avais mis tant d’années à peaufiner, n’oublie pas de m’envoyer la demande de réparation. À moins que tu préfères refaire intégralement cette pièce ? Il est vrai que ce gris était quelque peu triste. Nous pourrions tenter des couleurs plus chaudes, comme un beige doré, qui tendrait vers le blond ? »

Il me regarda en levant un sourcil, et je sus, à sa moue pincée, qu’il se retenait d’être désagréable.

« Fais comme bon te semble, mais évite le blond. Il me sort par les yeux en ce moment.

— Oublions le beige alors, j’ai vu que le canard avait le vent en poupe.

— Peu m’importe.

— Parfait, souris-je. Je prépare tout ça. Bien évidemment, je mettrai la facture sur ton compte. »

Belzebuth grommela en sortant. Je fis le tour de la pièce. Quel dommage. Un beige doré aurait été du plus bel effet, il aurait apporté de la lumière à cette pièce. Mais un anis jumelé à un canard ira à merveille.

« Bastien ! »

Le gnome-à-tout-faire déboula dans l’entrée en suant.

« Oui, Maître Astaroth ?

— Fais donc venir des nuanciers de peinture du monde des Humains, nous allons rénover la salle du conseil. »

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