Ap 23 : « Pousse toi, morue »

Je ne dormis pas dans la chambre de Matt. Je restai toute la nuit adossée à la porte, à écouter la respiration de Quatre, prête à intervenir au moindre bruit suspect. Je me changeai avec de vieux vêtements qui traînaient dans mon placard, et le rejoignis toutes les deux ou trois heures pour lui prodiguer une vague de soins, entre deux siestes d’épuisement dans le couloir.

Contrairement à ce qu’il m’avait annoncé, le pouvoir de Sërb se révéla plus simple à maîtriser que les miens. Cependant, il demandait une énergie considérable. Après chaque passage, il m’avait fallu presque une heure pour retrouver une jauge pleine. À l’approche de l’aube, je bâillai, à moitié allongée par terre. J’avais du mal à garder les yeux ouverts.

Les premiers rayons du soleil traversèrent les voilages quand une sirène assourdissante s’éleva. Je me bouchai les oreilles et me précipitai à la fenêtre au bout du couloir. Cela ressemblait à un signal de pompiers, mais je ne vis aucun véhicule passer dans la rue. Elle était déserte, sans âme qui vive. Ni camion ni gyrophares. Au bout d’un moment, à scruter au-dehors en plissant de plus en plus les yeux, je compris que la sirène n’était pas rattachée à un véhicule. Elle était fixe, et le son, constant. Un peu comme lors d’une alerte inondation.

Mon cœur bondit dans ma poitrine. Est-ce que le fleuve Fraser débordait en ce moment même ? Qu’est-ce que je devais faire ? Sortir de la maison ? Rester à l’étage ? Descendre au rez-de-chaussée ? Monter sur le toit ? Mes pieds et mon cerveau s’entremêlaient tant et si bien que j’avançais et reculais de concert, dans un sur place inutile. Heureusement, moins d’une minute plus tard, le hurlement de la sirène diminua et le silence revint.

Dans la rue, les portes s’ouvrirent. Les gens quittaient leurs foyers en vérifiant de chaque côté comme s’ils craignaient de tomber sur quelqu’un. Le voisin, sur le pas de sa porte, réajusta son écharpe, puis sortit une grosse croix dorée de son col et l’embrassa. Étonnant. Je ne savais pas qu’il était chrétien. Même s’il se revendiquait comme athée, John avait acheté cette maison au cœur d’un quartier juif bourgeois. Le seul habitant catholique connu avait été Seth, son fils, avant qu’il ne déménage pour le séminaire.

Quand le soleil émergea par-delà le bâtiment d’en face, je jurai. Sa lumière me brûla les yeux. Je partis à la recherche de lunettes de soleil. Dans un tiroir du buffet du rez-de-chaussée, j’en trouvais deux paires, dont les Wayfarer de mon père, le même modèle que celles de Quil. Je les passai avec un soulagement immédiat. Les verres noirs, presque opaques, m’apaisèrent. Je ne savais pas ce que les Enfers avaient fait à mes yeux, mais je n’étais plus capable de les garder ouverts en plein jour sans protection.

Sasha avait dit arriver aujourd’hui, sans préciser d’heure. Il était encore tôt, mais je bouillais d’impatience. Je fis couler une carafe de café, et m’installai sur le canapé après en avoir retiré le drap. Un nuage de poussière s’éleva.

En milieu d’après-midi, j’avais enlevé tous les draps sur les meubles, nettoyé la poussière et passé la serpillière aux deux étages. Puis j’avais refait les lits des trois autres chambres, sortis quelques affaires des cartons, et j’avais éloigné la mort de Quatre à deux reprises. À dix-sept heures, je marchais en cercle dans le salon. Pourquoi Sasha n’était-elle pas encore là ? Elle habitait le quartier voisin.

On frappa à la porte. J’ouvris sans réfléchir. À la place d’une métisse pétillante de vie, aux lunettes rondes, et habillée d’un sarouel et d’un blouson en cuir, se tenaient trois femmes aux visages pincés et aux sourires crispés. Elles revêtaient une combinaison hasardeuse de pulls trop grands, de cols de chemises mal ajustés, et de jupes longues avec des collants opaques couleur taupe. Une lourde croix dorée pendait sur leurs poitrines, juste à côté d’un badge portant leur prénom.

Ah. Des évangélistes.

Celle de gauche frottait ses mains l’une contre l’autre et souffla dans ses gants, tandis que celle de droite me fixait en plissant les yeux. Elles devaient avoir la trentaine, à peine. La plus vieille d’entre elles, au centre, me salua en me tendant un prospectus. Un nuage de vapeur s’échappa de ses lèvres qu’elle se forçait à étirer, comme si cela allait l’aider à remplir son quota. Elle ne pouvait pas tomber sur pire personne…

« Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. Ap[1]

— Pas intéressée », répondis-je en leur claquant la porte au nez.

Tiens-toi à ma porte si tu veux, mais restes-y.

Il ne manquait plus que ça. À peine revenue des Enfers, entourée d’anges déchus, de démons et de Satan en personne, je me retrouvais confrontée au prosélytisme des fidèles du quartier d’à côté. Elles perdaient leur temps avec leurs prospectus chrétiens. Leurs croyances étaient devenues ma réalité. Je n’avais pas besoin qu’on me le rappelle.

Je balançai leur prospectus sur la table basse et m’assis sur le canapé. En face de moi, au-dessus du passe-plat, l’aiguille de l’horloge était figée sur quatre heures vingt. Je remplaçais les piles quand on cogna à la porte de deux coups qui firent trembler le chambranle. L’horloge s’échappa de mes mains. On frappa à nouveau. Une silhouette surmontée d’une touffe de cheveux bouclés apparaissait derrière la vitre dépolie. Cette fois, j’ouvris prudemment la porte.

Une femme à la peau brune se tenait sur le perron. Taillée comme une athlète de haut niveau, elle était habillée dans un ensemble noir à la façon des commandos : pantalon militaire aux multiples poches, rangers et tee-shirt à manches longues sous un gilet porte-plaque. Dans son dos dépassait un étui qui ressemblait à celui pour un tapis de yoga. Son col montant était orné d’une croix chrétienne en or. Ses cheveux étaient coiffés court, ébouriffés de fines boucles sur le dessus, et rasés sur les côtés. Elle ne portait ni lunettes ni maquillage.

J’eus du mal à reconnaître Sasha. On aurait dit sa grande sœur, si elle en avait eu une.

« Sasha… ?

— Perse ! » s’écria-t-elle en m’enlaçant avec force.

Je manquai d’étouffer, coincée entre ses pectoraux massifs et ses biceps durs comme de la pierre. Elle posa sa tête sur le haut de mon crâne et huma mes cheveux. Sa respiration devint saccadée. Elle se retenait de pleurer.

« Sasha… 

— Tu es rentrée…

— J’ai réussi à m’échapper.

— Pousse-toi morue, c’est à mon tour », dit une voix en arrière, sur un ton presque menaçant.

Impossible de se tromper sur la personne. Sans aucune délicatesse, Azazel dégagea Sasha en la poussant à l’intérieur et prit sa place. Il écrasa ma tête contre son torse et m’étouffa entre ses bras. J’en eus le souffle coupé, et heureusement : il empestait comme un morceau de steak laissé toute la nuit hors du frigo.

Malgré son blouson d’aviateur en fourrure, sa peau exhalait une aura glaciale. Cependant son étreinte, elle, était aussi chaleureuse que fraternelle.

« Putain, tu nous as manqué, gamine. »

Il renifla lui aussi mes cheveux, puis me prit par les épaules et me força à reculer. Je pus le détailler à loisir. Ses cheveux avaient poussé. Ils tenaient presque derrière ses oreilles. L’une d’elles sembla pencher un peu plus que l’autre. Son visage arborait une barbe de trois jours. S’il n’avait rien perdu de son charme, il paraissait plus mature ainsi.

Dès que je passai le canapé, il claqua la porte d’un coup de pied. Au même moment, la sirène que j’avais entendue ce matin se remit à siffler.

« Pile poil, dit Azazel, ravi.

— Qu’est-ce que c’est ? demandai-je, à l’affût d’un danger que je pensais imminent.

— Relax, c’est juste l’heure du couvre-feu. 

— … du quoi ? »

Sasha lança un regard embêté à Azazel qui acquiesça. Il retira son écharpe et s’éclaircit la gorge. Il arborait un air sérieux qui ne présageait rien de bon. 

« Perse, est-ce que tu te souviens de ce qu’il s’est passé au pensionnat ?

— Oui, bien sûr.

— Et quand est-ce que ça s’est passé ? 

Heu… Il y a quelques jours. Semaines, rectifiai-je. Deux ou trois semaines, peut-être. Je ne sais pas. Là où j’étais, dans la cage puis le labyrinthe, c’était difficile de compter les jours. Mais je sais que ça doit être plus pour vous. Et entre la poussière et ta barbe, je dirais que ça doit bien faire deux ou trois mois. 

— Perse, répéta-t-il avec une lenteur exacerbée. Les Enfers t’ont enlevé… il y a trois ans. »

Ce fut comme si le sol s’était ouvert, une seconde fois, sous mes pieds. Azazel referma ma mâchoire restée grande ouverte. Je me sentis mal. La tête me tourna. Il guida mon chemin vers le canapé dans lequel je m’avachis, consternée. Sasha s’assit à mes côtés et prit ma main dans les siennes.

« … Trois ans ?

— Trois ans », confirma-t-il.

Il croisa les bras sur son torse et commença à se balancer en regardant ailleurs. Il évitait mon regard ? OK, non, d’accord. Il était en train de me faire une mauvaise blague. Forcément. Ça ne pouvait être que ça. Ce n’était pas possible autrement.

« Naaaan, sifflai-je d’une voix nasale qui trahissait plus ma peur que mon incrédulité.

— Si.

— Non.

— Ah si, si.

— Non ! Ça veut dire que j’ai raté mes examens de fin de semestre ? Et de fin d’année ? Oh merde, j’ai raté mon année…

— Crois-moi, c’est le dernier de tes soucis.

— Mais… comment c’est possible ?

— J’en sais rien. Qui s’occupe de la porte depuis la disparition de Sërb ? »

— Qu’est-ce que la porte a à voir avec le décalage temporel ? » répliquai-je, sur la défensive.

Il se gratta l’arrière de la tête, étira un sourire pincé, puis s’assit sur l’accoudoir de l’autre canapé en faisant craquer ses phalanges.

« Astaroth l’explique mieux que moi, mais en gros, la temporalité des Enfers est relative au passage des âmes défuntes. Généralement, les Enfers sont légèrement plus lents de quelques heures. Rien de bien méchant, un vague décalage horaire. Toi même tu l’as expérimenté en rendant visite à Lulu pendant ton sommeil. 

— Trois ans, j’appelle pas ça un vague décalage horaire.

— Ça, c’est quand le système fonctionne, que les âmes des morts partent rejoindre les Enfers lors d’un sympathique voyage en barque. Quand le système est grippé, eh bien, le temps l’est aussi. »

Il tordit sa bouche en une moue alors que je continuais de le fixer sans comprendre.

« Vois ça comme une production à la chaîne, façon taylorisme : les marchandises à traiter, ce sont les âmes défuntes. S’il manque un rouage sur cette chaîne, le mécanisme s’arrête net. C’est comme ça qu’on se retrouve avec des embouteillages. Rien de tel pour faire péter une durite à Charon, ajouta-t-il. Mais bref, ce qu’il faut que tu comprennes c’est que quand la porte ou son gardien ne fait plus leur boulot, les âmes se retrouvent coincées en chemin, que ce soit ici ou sur le Styx, et donc le temps ralentit.

— Les embouteillages…

— C’est arrivé quand Sërberus a pris son poste par exemple. Le temps que la porte l’accepte, plus quelques erreurs par-ci par-là, et dix ans s’étaient écoulés ici. On a dû rappeler d’anciens dieux psychopompes pour aider Charon à gérer les âmes qui étaient agglutinées sur la rive.

— Anubis et Âmmouth.

Heu… Oui, eux. Et cette fois-là, on a aussi fait appel à Baba Yaga. Mais elle, ce n’est qu’en cas d’extrême urgence, car elle passe son temps à draguer Charon et ça perturbe son travail.

— Anubis et Âmmouth sont sur les rives du Styx en ce moment même. Pour gérer… l’énorme embouteillage que j’ai provoqué, réalisai-je. La porte est figée depuis la mort de Sërb. Je devais la réactiver, mais j’ai refusé pour faire chier Belzebuth. »

Les yeux ronds, Aza voulut répliquer quand une nouvelle sirène retentit, plus décousue que la première. Il fit signe à Sasha, et ils se levèrent tous deux. Elle tira de l’étui dans son dos non pas un tapis de yoga comme je l’avais présumé, mais un fusil d’assaut. Ma mâchoire dut se décrocher sous le choc, car je fus incapable d’aligner deux mots.

« Qu’est… quoi… c’est ? Sasha ?

— Ils n’ont pas attendu, pesta-t-il.

— Aza, tu le prends sur le côté, mais pas de blague. Attends mes instructions cette fois. J’y vais en frontal, ordonna-t-elle avec une autorité que je ne lui connaissais pas. Perse, commença-t-elle en se tournant vers moi, ne bouge surtout pas.

— Que… quoi ? »

Azazel acquiesça en enfilant un poing américain aux phalanges rehaussées de croix en or. Il retira son blouson, sortit en courant et sauta par-dessus le portail. Il disparut dans la nuit. Sasha déplia la crosse de son fusil en à peine deux secondes, puis attacha sur le dessus une lunette de type longue vue. La crosse plantée dans le creux de l’épaule, elle descendit le perron puis courut tête baissée dans le jardin jusqu’à la rue. C’était surréaliste. Faisant fi de son ordre, je les suivis.

Dès que je mis un pied dans l’herbe, une foule de spectres me fondit dessus. Je hoquetai un cri et fermai les yeux. Les coudes remontés en une garde de boxe, je me préparais à me faire écharper comme dans le Jardin des oubliés. Il n’en fut rien. Le temps de prendre une inspiration pour me donner du courage, je rouvris les yeux.

Les spectres se tenaient en cercle autour de moi, mais gardaient une distance empreinte de respect. L’un d’eux s’approcha, s’agenouilla à mes pieds puis baissa la tête. Les autres suivirent son exemple.

Alors que je tendais la main vers sa tête, le bruit d’une arme que l’on charge me ramena à la réalité. Je m’excusai, puis passai le portail et me postai sur le trottoir, abasourdie. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait. En dehors des spectres, la rue était déserte. Les sirènes hurlaient. Sasha posa un genou à terre et se mit en joue.

« Je l’ai en visu, annonça-t-elle. Bipède. Mâchoire démesurée, mais rien d’insurmontable. Je le prends. »

Les lampadaires s’allumèrent tous en même temps.

« Putain ! pesta-t-elle.

— Sasha ! » beugla Azazel.

Il sortit de sa cachette et se rua sur elle. Il l’encercla de ses bras comme un bouclier, et ils roulèrent jusqu’à l’autre bord de la rue.

C’est alors qu’un gigantesque démon, avec une bouche ouverte sur deux rangées de dents effilées, s’élança en courant sur ses multiples pattes dans la rue. Il manqua de peu de les percuter. Si Azazel n’était pas intervenu, il les aurait écrasés sur son passage.

Sans se démonter, Sasha fit une nouvelle roulade, se releva fusil en joue et tira. On entendit un hurlement lugubre, signe qu’il était à terre.

« Un bipède ? T’appelles ça un bipède ? T’as craché sur tes lentilles ce matin ? » pesta Azazel en s’époussetant.

Le démon gisait, trois mètres plus loin. Je m’approchai prudemment. Un sifflement rauque s’élevait. Il agonisait. Ses jambes inertes étaient recouvertes de poils, comme Quatre. Trois paires de bras sortaient de son dos velu, et ses dents étaient éparpillées sur l’asphalte. Il souleva sa tête ensanglantée et tenta en vain de ramper. Sasha ne l’avait pas loupé. Il avait reçu la balle en plein milieu du dos, éclatant sa colonne vertébrale. Autour de l’impact, la plaie fumait et crépitait.

On entendit ensuite le vrombissement d’un moteur, et le temps que le démon rende son dernier souffle, un Hummer noir braquait ses phares et une rampe de leds aveuglante sur nous.

Des militaires en tenue de combat descendirent du véhicule. Leurs bottes résonnèrent sur le béton. Ils se placèrent autour du pare-buffle renforcé et pointèrent armes et torches sur nous. Ils portaient des casques et des masques de ski sur une cagoule, ainsi que des gants, de sorte qu’on ne pouvait les distinguer les uns des autres. Une force unie qui exaltait la puissance de frappe.

Azazel s’agenouilla et leva les mains en l’air. Sasha souleva son fusil au-dessus de sa tête et sortit une carte accrochée à son cou.

« Officier Belanger. Sasha, ajouta-t-elle. Division des Opérations de Vancouver. Je suis en permission dans ma famille. J’étais dans le voisinage quand j’ai entendu le signal. »

Il lui arracha la carte des mains, fronça les sourcils, puis lui rendit.

« Belanger ? Vous êtes la fille du sous-commissaire ?

— Oui, monsieur. »

Il fit signe à ses hommes de baisser leurs armes.

« Qui est avec vous ? gronda-t-il en pointant sa lampe torche dans la tête d’Azazel.

Marc, civil accrédité. Il m’accompagne.

— Et elle ? » demanda-t-il en dirigeant le faisceau sur moi.

Je détournai la tête, aveuglée.

« Une civile qui est sortie du confinement sans autorisation, monsieur. Visiblement handicapée mentale.

Mmmh. Ramenez-la à son domicile et gardez le confinement jusqu’au matin. Nous nous occupons de nettoyer la zone.

— Bien, monsieur. Merci, monsieur. »

Elle bascula son fusil dans son dos et m’attrapa fermement par le bras.

« Suivez-moi, madame, dit-elle en me tirant vers la maison.

Visiblement handicapée mentale ? » pestai-je dans un chuchotement. 

D’un geste, elle m’intima de me taire. Je la suivis sans un mot jusqu’au canapé où elle força à m’asseoir.

Azazel entra en dernier, verrouilla la porte à double tour et éteint la lumière du perron. Sur ses gardes, il scrutait les hommes par la fenêtre. Il attendait que les militaires partent. Sasha appuyait toujours sur mon épaule pour me maintenir assise. Je l’entendais reprendre haleine, tendue.

Quand les lampadaires s’éteignirent, ils soufflèrent en même temps.

« Qu’est-ce qu’il se passe ici, nom de Dieu ?! explosai-je.

Pas de blasphème, rétorqua Azazel. C’est la merde, voilà ce que c’est.

— C’était qui ces cow-boys ?

— Une équipe d’intervention spéciale. Des militaires, ajouta-t-elle. Ils ont été déployés il y a quelques mois seulement. Ils étaient censés venir grossir les rangs de la GRC[2] pour répondre à la menace, mais ça a pris une tournure un peu plus extrême.

— Extrême ? Ils avaient des cagoules ! Ils nous ont braqués avec leurs flingues !

— Leurs torches, rectifia Aza.

— Leurs torches ! Sasha, explique-moi ce qu’il se passe ! C’est quoi cette menace ? »

Elle soupira et posa son arme contre la porte.

« J’allume la télé ? lui demanda Aza.

— S’il te plaît », lui répondit-elle avant de s’accroupir à mes pieds.

Son visage était sérieux. Une petite ride s’était formée entre ses sourcils froncés. L’heure était grave.

« J’aimerais t’expliquer, mais il faut que tu voies ça par toi-même. Autrement, tu risques de ne pas nous croire. »


[1] Apocalypse 3.20

[2] Gendarmerie royale du Canada

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