Ap 25 : « Buffet chinois »

Je grimpai les marches quatre à quatre. Ils étaient sur mes talons, et je ne voulais pas qu’il découvre Quatre sans que j’aie le temps de leur expliquer la situation. Ni Sasha ni Azazel ne me paraissaient particulièrement détendus. Sasha sortit un flingue et le garda baissé, le doigt en position sur le cran de sécurité. Azazel fit craquer ses phalanges dans son poing. J’en eus des sueurs froides.

J’entrai dans la chambre, le cœur battant. Sasha étouffa un cri d’horreur. Le lit imbibé de sang coagulé était vide. La couette pendait, le tissu tiré. Azazel marmonna une insulte que je n’entendis pas.

Je contournai le lit et trouvai Quatre étalé par terre, le pied enroulé dans un bout de couette. Les mains tendues, il essayait de ramper pour s’enfuir je ne sais où. Il semblait à peine conscient. Je dégageai ses ailes sur le côté et l’attrapai sous les aisselles. Une autre paire de mains vint m’aider. Sasha le saisit par les chevilles et ensemble, nous le remîmes au lit.

Je vérifiai sa température. Son front était bouillant, à nouveau. J’étais restée trop longtemps loin de lui. Le poison était réapparu et avait repris son œuvre. 

« C’est rien, ça ? fustigea Azazel en pointant mon patient.

— Il est blessé », répondis-je en illuminant ma main.

Sasha étouffa un cri de surprise. Quatre gémit et tenta de me dégager. Je répétai « c’est moi, tout va bien » jusqu’à ce qu’il comprenne, et me laisse le soigner.

De l’autre côté du lit, une tête bouclée s’approcha à pas de chat pour me regarder faire. La connaissant, ce nouveau don devait la fasciner. Quand Quatre cessa de se débattre, je soulevai son pansement pour vérifier l’état de sa blessure. Sasha se retira en contenant un haut-le-cœur bruyant.

Sa plaie n’était pas belle à voir. Les fibres de la gaze étaient incrustées dans sa peau, et les veines autour étaient infusées de violet. J’enlevai le pansement. Quatre se cambra de douleur, puis retomba sur le flanc. Il haletait et transpirait à grosses gouttes. Je laissai agir mon pouvoir jusqu’à ce que le poison se rétracte. Puis, avec la plus grande des délicatesses, je le remis sur le dos. Il attrapa ma main et la ramena contre sa poitrine en me fixant droit dans les yeux.

Je me sentis rougir. La fièvre le faisait délirer, je le savais, mais dans cet état, si vulnérable, mon cœur fondait comme neige au soleil. Ses yeux verts m’imploraient. Je voulais le rassurer. Tant pis s’il m’envoyait paître une fois son état normal retrouvé.

« Je suis là », murmurai-je en pressant ses griffes.

Je dégageais les cheveux collés sur son front par la sueur quand on m’attrapa le coude pour m’éloigner de lui. Je ne pus lui remonter la couette alors qu’il s’était remis à trembler. Ma main glissa de celle de Quatre et, deux pas plus tard, la porte se referma dans mon dos. Azazel me plaqua contre le mur et me relâcha aussi sec. Il brassait l’air en levant les bras d’incompréhension.

« Non, mais t’as pété un fusible ? Qu’est-ce que le machin tout sec fout ici ? gronda-t-il à voix basse en désignant la porte.

— Il… Il est blessé, répétai-je d’une voix incertaine. 

— Merci, j’avais remarqué. Mais qu’est-ce qu’il t’a pris de le ramener ?

— Pour… le soigner. »

Azazel recula, comme frappé en pleine figure par la surprise. La bouche ouverte à happer l’air tel un poisson hors de l’eau, il ne trouvait plus ses mots.

Ceux qu’il trouva à la place furent acides.

« Bel lui a ordonné de te buter, mais toi, ô grand cœur, tu le ramènes ici pour le soigner ? Qu’il meure, c’est pas notre problème », grinça-t-il en se penchant sur moi, menaçant.

Je lançai un regard de détresse à mon amie.

« Bon débarras, même. Ce mec est un nuisible de la pire espèce. De la vermine volante.

— Arrête un peu d’exagérer, intervint Sasha.

— Moi, j’exagère ? Moi ? Ce n’est pas moi qui joue à touche-pipi avec le super-larbin de notre Commandant en chef.

— Elle n’a fait que le soigner.

— Bien sûr ! Tu soignerais un mec à moitié à poil sans y toucher, peut-être ? En plus avec son corps osseux comme l’autre qui lui plaisait, là, ce mec est un buffet chinois pour ses yeux.

— Tout le monde ne pense pas comme toi, monsieur l’obsédé », répliqua Sasha en croisant les bras.

Je serrai les dents. Ma conscience hurlait dans mes oreilles que j’avais fait ce qu’il fallait. Et mon attirance pour lui n’avait influencé en rien cette décision. Je n’aurais pas pu me pardonner si je l’avais laissé mourir dans la forêt de l’Érèbe, alors que j’avais hérité du don de guérison de Sërb. Pas après tout ce qu’il avait fait pour me protéger, dans mon monde, ainsi que dans les Enfers.

« Il ne m’a jamais fait de mal, grinçai-je en relevant la tête, prête à lui prouver que j’avais raison.

— Pourtant je crois me souvenir que Bel lui a ordonné de te tuer, articula-t-il. Devant le pensionnat. J’étais là. Est-ce que t’aurais oublié ce passage ? T’as un neurone qui a fondu pour que ça ne te suffise pas comme raison, ou alors c’est ton vagin qui a pris le relai de ton cerveau ?

— Aza, le rabroua sèchement Sasha.

— Et est-ce qu’il l’a fait ? Non, ajoutai-je vivement alors qu’il ouvrait la bouche, prêt à répliquer.

— Et ça suffit pour…

— Tu n’étais pas là ! éclatai-je, les larmes au bord des yeux. Lui, oui ! »

Azazel recula. Mes mots l’impactèrent, pourtant je continuai. Je ne pouvais plus me retenir. Il fallait que ça sorte. Tremblante, je lui vomis à la figure toute ma frustration de ces dernières semaines.

« Tu ne sais pas ce que j’ai enduré là-bas ! Tu n’étais pas là ! J’étais toute seule ! Quatre n’a pas cessé de m’aider et de me défendre. Sans lui, je serais morte noyée ou brûlée vive à l’heure qu’il est. Et je l’ai ramené parce qu’il a pris un coup d’épée pour moi. Pour me protéger. Je lui dois la vie, et je paierais ma dette… que ça te plaise ou non », conclus-je, implacable.

Sasha dégagea Azazel du milieu et me prit dans ses bras.

Prisonnière de son élan d’affection soudaine, je m’effondrai. Les larmes jaillirent de mes yeux sans que je ne contrôle plus rien. J’avais l’impression de perdre pied, de percer la jarre de souffrance que je portais depuis trop longtemps sur mes épaules. Mes jambes se dérobèrent et je m’affalai dans les bras de mon amie. Elle resserra son étreinte et m’accompagna jusqu’au sol sans me lâcher.

Elle caressa mon crâne en faisant des signes à Azazel. Il s’assit par terre, s’appuya contre le mur et souffla.

« Qu’est-ce qu’il t’est arrivé là-bas ? » demanda-t-elle avec prudence et douceur.

Je séchai mes larmes. Tant pis pour l’égoïsme et l’imposture que je pouvais ressentir. J’avais besoin d’en parler. Alors, dans un flot ponctué par mes reniflements, je commençai le récit de ma détention.

Je débutai avec le faux-semblant de chambre de princesse, avant de me faire emmener dans la cage en or, forgée à mon intention. Je frottai mes poignets en mentionnant les menottes qui avaient restreint mes pouvoirs et qui m’avaient laissée sans défense. Sasha fronça les sourcils, soucieuse.

Puis je lui racontai mon plongeon dans le Jardin des oubliés, au milieu des déterrés qui cherchaient à me dévorer, suivi par le programme de torture du Labyrinthe, dans lequel j’ai passé des jours dans une boucle de cauchemars impossible à défaire.

Ma mâchoire se mit à trembler quand j’évoquai l’acharnement physique de Belzebuth lorsqu’il avait découvert que je possédais les pouvoirs de guérison de Sërb. Une boule se forma dans ma gorge. La main de Sasha monta et descendit dans mon dos. Ce geste empli de compassion me donna assez de courage pour lui avouer que, alors que j’avais osé penser que tout était fini et que je ne risquais plus rien, Amon avait tenté de me violer en empruntant l’apparence de Quil.

L’attaque dans la forêt n’avait été que la cerise sur le sundae de cette descente personnelle dans les Enfers.

Sasha prit mon visage entre ses mains et posa son front sur le mien. Je n’avais cessé de pleurer et de renifler en parlant. J’étais à bout de nerfs.

« C’est fini, tu es rentrée, tenta-t-elle de me rassurer. Je suis là. On est là. »

Je jetai un regard perdu à Azazel. Il claqua sa langue, mal à l’aise.

« Tu es de retour à la maison, continua-t-elle en caressant mes cheveux.

— … La maison ? »

La maison. Je ne sus comment réagir à l’évocation de ce mot. La maison, le bâtiment, m’était familière. Je pouvais m’y balader les yeux fermés. Je connaissais chaque placard, chaque meuble, chaque bibelot. Je n’avais pas vécu longtemps dans cette maison, mais elle était emplie de souvenirs.

Je cessai de pleurer et repensai à ce qui était ma maison désormais. Que je le veuille ou non, j’appartenais aux Enfers. Je l’avais accepté. Je me mouchai d’un revers de la manche.

« Sasha, je… Je ne peux pas rester. »

Ses yeux s’arrondirent. Elle tenta un regard à Azazel, comme pour lui demander de me dire que j’avais tort, mais celui-ci avait baissé la tête. Il savait que j’avais raison. Une fois qu’un gardien avait été éveillé, il ne pouvait plus faire machine arrière avant la fin de sa garde, à moins de mourir, et de laisser un autre prendre sa place.

Je n’avais pas le choix.

« Tu… Tu ne vas pas retourner là-bas quand même ? Pas après tout ce que tu as subi… »

Ses grands yeux noirs brillaient d’espoir.

Peut-être était-ce parce que je voulais la rassurer, ou parce que j’avais enfin vidé mon sac, je ne saurais dire. Mais je désirais laisser de côté les mauvais aspects des Enfers pour lui donner une autre image, plus proche des dernières heures que j’y avais vécues.

J’inspirai, soufflai, et repris mon récit en me concentrant sur le positif. L’exercice ne m’apparut pas aussi difficile que je l’avais imaginé. Après les trois jours de torture, la roue avait tourné. Plus que de raison.

J’avais retrouvé ma mère. Puis Élise.

Les bras de Sasha tombèrent et ses yeux s’emplirent de larmes. Alors que je lui contais à quel point elle m’avait avoué être heureuse dans la plaine des Asphodèles, ses larmes ruisselèrent le long de ses joues et un immense sourire s’accrocha à ses oreilles en tremblant.

De plus, je m’étais fait des amis à Babylone. Lucifer m’épaulait. Quatre me protégeait. Les membres du Conseil s’étaient presque unanimement ralliés à ma cause, et m’avaient accueillie à leur table en tant que onzième. Les Enfers m’avaient fait une place de choix. Le Roi, surtout.

La mâchoire d’Azazel se décrocha quand je leur racontai que Samaël avait de grands projets pour moi. Plus qu’un poste de haute importance auprès de la porte qui guidait les âmes mortelles vers l’au-delà, j’avais une mission à remplir. 

« Mettre fin à la rébellion de Belzebuth et Michael ? souffla-t-il. Pourquoi pas sauver le monde, tant qu’on y est ?

— Samaël, le Roi, précisai-je à Sasha, s’attend à ce que je le remplace.

— … C’est une blague ?

— J’aimerais bien, même si je dois avouer que c’est nettement préférable au poste de portier, mais non. Il pense que j’ai été éveillée pour prendre sa place, et gérer les Enfers.

— On dit régner, rectifia Azazel. C’est dingue. Je ne vais pas contester les propos du Roi, mais quand même… Tu sais à peine contrôler tes pouvoirs.

— J’ai eu l’occasion de m’entraîner depuis.

— Et pour cette histoire de rébellion, tu as eu le temps de mettre sur pied un plan ? Comment tu comptes t’y prendre ?

— Je n’en ai aucune idée pour le moment, soupirai-je, abattue. Mais je vais profiter de la différence temporelle entre nos deux mondes, et d’être loin d’Amon et de Belzebuth pour y réfléchir tranquillement. Est-ce que… vous…

— Bien sûr qu’on va t’aider ! répliqua Sasha sans délai. Tu n’as même pas besoin de demander, on est avec toi. N’est-ce pas, Aza ? »

La bouche ouverte, un sourcil relevé sur deux, Azazel semblait sous le choc.

« Heu… Oui, oui. Là tout de suite, j’ai le cerveau aussi vide qu’une starlette de télé-réalité, mais oui. Comme l’a dit Béatrix Kiddo[1], on est avec toi. On va trouver un plan. »

Azazel m’aida à me relever. Mal à l’aise de m’avoir hurlé dessus sans savoir ce qu’il m’était arrivé, il frotta mon crâne en guise d’excuse. Sur ce point, il n’avait pas changé.

Avant de redescendre au salon, il désigna la chambre du pouce.

« Et pour la brindille ailée ? C’est quoi le projet ?

— L’empêcher de mourir. Les assassins de Belzebuth possédaient des épées et des flèches empoisonnées. 

— Tu n’es pas blessée ? s’inquiéta Sasha.

— Non, non, je n’ai rien. Quatre s’est interposé et a pris les coups à ma place. Mais je ne pense pas arriver à le soigner, même avec les pouvoirs de guérison de Sërberus. Il lui faut l’antidote.

— Je m’en occupe, déclara-t-elle. Max a sauvé quelques fioles, je l’appelle de ce pas. »

Je soupirai, soulagée. Elle sortit son téléphone et rejoignit le rez-de-chaussée. J’allais la suivre quand je fus prise de vertiges en haut des marches. Azazel me rattrapa par le coude.

« Ola, doucement. Ça fait combien de temps que t’as pas dormi, gamine ?

— Je… aucune idée. Depuis que j’ai été happée par les Enfers ? J’ai l’impression que mon corps n’a fait que s’effondrer d’épuisement ces dernières semaines.

— C’est bien ce qu’il me semblait. Va te reposer, on parlera plan d’action demain. »

Je lançai un regard inquiet à la porte derrière laquelle se trouvait Quatre, peut-être au bord de la mort. Aza perdit patience et m’entraîna de force dans la grande chambre.

« Tu l’as suffisant arrangé pour qu’il puisse dormir seul. Sans compter que t’as plus de cernes que de nichons. Alors, va te reposer, je prends le relai. Si y’a un problème, je viendrais te réveiller. 

— Mais…

— Tu vas me faire croire que ta chambre c’est l’auberge du cul tourné, peut-être ? Je sais pas ce qu’il s’est passé entre vous dans les Enfers, mais ça s’arrête tout de suite.

— Il ne s’est rien passé, protestai-je mollement. 

— Tant mieux ! Alors, file de là. Je gère. »

Il me referma la porte au nez. Je l’entendis grommeler en descendant les marches. Je soupirai, puis me dirigeai dans la salle de bain. J’avais besoin de m’éclaircir les idées, de souffler. Je fis couler l’eau et me déshabillai.

Dans le bain, j’écoutai Sasha et Azazel se disputer. Ils chuchotaient, pourtant je n’avais qu’à tendre l’oreille pour les entendre aussi clairement que s’ils se trouvaient dans la salle de bain avec moi. Après la vision nocturne, cette super ouïe était appréciable.

Sasha reprocha à Azazel de m’avoir crié dessus sans tenir compte de mes sentiments pour Quatre. Bien qu’elle insista sur ma dette personnelle, je savais qu’elle n’était pas dupe. Elle sentait qu’il y avait plus que ça entre lui et moi. Azazel refusa de l’admettre, prétextant que je n’avais rien à faire avec une sous-merde de brindille velue espionne au service du Commandant connard en chef. Je plongeai la tête sous l’eau. Autant d’insultes à la suite était fatiguant, et Azazel avait de la ressource niveau vocabulaire.

Voilà que je pensais comme Astaroth maintenant…

Je soufflai, libérant un nuage de bulles. Je me sentais perdue. Mon enthousiasme de me retrouver dans mon monde et de profiter de mes amis avant de retourner dans les Enfers par devoir se trouva entaché par cette nouvelle réalité.

Mon monde avait changé. Je ne le reconnaissais plus, et je redoutais de ne plus y avoir de place.

Si on me proposait sur l’instant de le quitter, est-ce que je ne fuirais pas à nouveau ? Pour aller où ? Mon esprit ne cessait de m’envoyer des images de Babylone, d’Asmodeus et Paimon en train de jouer, de Stolas courant après Élise, et de Lucifer, seul et déprimé dans sa grande chambre vide. J’avais développé plus d’attaches dans les Enfers que je ne l’avais prévu.

Je tendis la main hors de l’eau et l’embrasai. La lave progressa dans ma paume et infusa mes doigts et mon poignet. La sensation était agréable. C’était comme si une main chaude se dépliait contre la mienne avant d’enserrer mes doigts entre les siens. Je sentais mes nerfs réagir à cette caresse qui provoquait une vague de frissons.

La lave descendit sur mon bras, enveloppa mon épaule et se propagea sur mon corps. L’eau du bain se mit à frémir, puis à bouillir. Je levai l’autre main et l’admirai briller à travers le nuage de vapeur. J’avais de la chance de posséder un pouvoir d’une telle puissance. Ces mains-là avaient brûlé la face de Belzebuth avant même d’avoir atteint leur niveau actuel. Qui sait ce que j’étais désormais capable de lui faire ?

Quand il n’eut plus une goutte d’eau dans la baignoire, je me relevai. En m’appuyant sur le rebord, mon pouvoir se modifia. La lave se contracta puis se rétracta en plaques noires, inoffensives pour la faïence. Je souris. Cette couche était à la fois une armure pour moi, et une sécurité pour les autres. Sans quitter ma forme, je posai un pied sur le tapis de bain. Ma peau se durcit avant de le toucher, le protégeant de la brûlure. Je ne laissai qu’une empreinte de suie, noire et volatile.

Dans le miroir embué, mes cheveux étincelaient en un orange hypnotique. Ils coulaient telle une fontaine de lave incandescente dans mon dos. Je fixai mes yeux entièrement noirs puis imaginai le magma se retirer de mon visage. Mon pouvoir m’obéit et se rétracta seulement là où je le désirais. Je retrouvai mes yeux marrons et mes cheveux blancs. Secs, de surcroît. Puis ma peau reprit la couleur rosée de la chair humaine.

C’était grisant d’arriver à maîtriser mes pouvoirs sans forcer. J’aurais aimé que Roberta puisse voir ça. Elle en aurait suffoqué dans son tailleur.

Sasha me rejoignit dans le lit de ma mère. Elle avait posé son fusil à la verticale contre la fenêtre, à portée de main, et son pistolet sur la table de chevet. Elle avait fait de son mieux ne pas me réveiller, mais son barda métallique était aussi discret qu’un carillon en pleine tempête.

Je me retournai et me rendormis. J’étais épuisée, pourtant, je ne somnolai que quelques heures. Quand je rouvris les yeux, il faisait encore nuit. Ma première pensée fut pour Quatre.

Est-ce qu’il allait bien ? Est-ce qu’il avait besoin de moi ? Azazel n’était pas venu me réveiller, mais je n’avais pas confiance en lui. Il lui importait peu de Quatre vive ou meurt, ce qui n’était pas mon cas. Alors, sur la pointe des pieds, je rejoignis sa chambre.

Azazel était penché au-dessus de lui, un coussin entre les mains.

« Qu’est-ce que tu fous ?! » m’écriai-je.

Il souleva la tête de Quatre et glissa l’oreiller dessous.

« J’allais te chercher. Il transpire comme un poulet devant une rôtisserie. »

[1] Héroïne de Kill Bill

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