Prologue : Azazel

Ça y est, Apocalypse: l’éveil du gardien est terminé. Rude, n’est-ce pas?

Après relecture et réception de nombreux « PUTAIN », signes de la fin de votre lecture, je me suis dis qu’ajouter un prologue ne serait pas une mauvaise idée.

Bonne lecture, et rendez-vous sur la page Apocalypse : le chant des buccins pour la suite des aventures de Perse !

Shasha accourut auprès de moi. À genoux sur le sol, je fixais la pierre lisse.

« Où est Perse ? » demanda-t-elle à bout de souffle.

Je ne répondis rien. J’attendais. La porte des Enfers s’était refermée, mais elle pouvait se rouvrir à tout moment. J’étais sûr que la gamine trouverait un moyen de sortir de là. Ce ne serait pas la première fois qu’elle me surprenait. Elle allait trouver un truc, une esbroufe quelconque, déployer les ailes de l’autre, là, et remonter jusqu’à nous. C’était sûr. Il nous fallait juste attendre et croire en elle. La gamine pouvait encore en sortir. Elle en était capable.

« Azazel ? Où est-elle ?

— Donne-lui une minute, elle va remonter », répondis-je sans me retourner.

Ma peau cuisait sur ma carcasse. Je serrais les dents. La douleur s’amplifia, devenant difficilement supportable, mais il était hors de question que je parte sans elle. Elle allait revenir.

La pierre blanche devint trouble sous les effluves brûlants de mon corps soumis aux règles de ces enfoirés de culs-bénis. Je n’étais pas le bienvenu dans ce lieu de culte à la gloire d’Elohim.

« Azazel, viens, sortons », fit-elle d’une voix douce en posant la main sur mon épaule.

Mes yeux étaient rivés sur la dalle. Mes tempes se mirent à battre le tambour, et je sentis mes organes bouillir dans mes entrailles. Bientôt, mon corps imploserait. Le temps me manquait, je ne pouvais plus tenir.

Je me relevai sans quitter des yeux le sol, avec l’espoir tenace que sa surface se mette à changer et que la porte apparaisse à nouveau. Mais rien ne bougea. Le marbre resta de marbre.

Elle était partie, appelée par les Enfers.

« Et merde », pestai-je en sortant à la suite de la petite brune.

Dans le jardin, un tas organique informe sifflait de douleur. Je ne savais pas ce qu’il s’était passé, ni qui cela avait été, mais peu m’importait. Chacun sa merde. Qui que ce soit, il devait l’avoir mérité.

Shasha tira sur mon doigt pour me rappeler à l’ordre.

Une fois dehors, je soufflai. La douleur diminua et ma peau cessa de fumer comme une tranche de barbaque sur un grill.

Ses copines se tenaient sur le parvis, les mains serrées. Leurs yeux m’imploraient de leur donner une bonne nouvelle, ce que je n’avais pas en stock. Le cureton vint à ma rencontre.

Le vol plané qu’il avait fait à l’arrivée de Bel lui avait laissé des traces. Son front dégoulinait de sang, et il avait perdu son cache-œil, dévoilant une cavité oculaire vide et boursouflée comme un trou de cul. Ses yeux faisaient des allers-retours derrière moi.

« Où est Perse ? haleta-t-il.

— Dans les Enfers.

— Et elle revient quand ? »

Les filles me fixaient de leurs yeux humides, tenaillés par l’inquiétude. Je détournai la tête. Shasha me tendit ma peau avec un maigre sourire. Je la pris et la serrai entre mes doigts.

Si la gamine ne trouvait pas un moyen pour nous revenir, cette peau serait la dernière que je porterais avant des siècles. Je soupirai en diminuant de taille. Shasha leur fit signe de se retourner pour que je puisse me rhabiller tranquillement.

Seule Nola continuait de me regarder. Je sentais dans les battements rapides de son cœur et dans le sourire qui ornait son visage qu’elle n’avait pas peur de moi. Bien au contraire. J’enfilai ma peau en lui lançant un clin d’œil. Son sourire s’accrocha à ses oreilles avec malice.

Après avoir passé mon jean, et le restant de tee-shirt déchiré dans la bagarre, je me raclai la gorge pour les inviter à se retourner.

« Elle revient quand  ? insista le cureton.

— Perse ne reviendra pas des Enfers, tranchai-je. On a perdu. On a tous perdu. Bel aussi. Ils sont tous les deux coincés là-bas. »

La plus petite sanglota. Sa copine aux cheveux roses la prit dans les bras pour la consoler. Elle lui murmura des trucs pour l’apaiser. Mais il n’y avait rien à apaiser. On avait chié dans la colle.

« On a fait tout ça pour rien, soufflai-je en me laissant aller à l’abattement général.

— Et alors quoi, on va abandonner ? Tu es un infernal, c’est ton monde, tu dois bien avoir une idée de comment la sortir de là ! commença-t-il à s’énerver. N’as-tu pas dit être l’ancien commandant de je ne sais quoi ?

— Pas question d’abandonner, s’écria Shasha. On va ramener Perse. Et Élise, ajouta-t-elle. Azazel, il doit bien y avoir un moyen d’aller dans les Enfers, non ? »

Je réfléchis. Ils étaient tous suspendus à mes lèvres, attendant que je leur apporte la solution sur un putain de plateau. Mais ce n’était aussi simple. Astaroth et Sërb avaient mis en place tout un système de passage. Personne ne pouvait se balader d’un monde à l’autre sans y être autorisé.

« Est-ce que, par hasard, l’une de vous se sentirait de mourir pour passer de l’autre côté ? »

Elles me fusillèrent du regard.

« … Non, donc. Et bien, heu… »

Je frottai mes cheveux. Mon cerveau partait dans tous les sens. Réfléchis, réfléchis. Les Enfers existaient bien avant le système d’Astaroth. Je me grattai le menton. Avant que Samaël et nous autres déchus n’investissions les lieux, il y avait forcément eu d’autres règles.

Le Royaume était régi par Hadès, aidé par Thanatos et Hermès. Eux auraient peut-être une idée de comment s’y rendre. Tous les trois avaient pris leur retraite dans le monde des humains.

Je n’avais aucune idée d’où avait pu aller Hermès, je ne le connaissais pas. Thanatos s’était marié avec un oracle dans le coin. Mais  ?

Par contre, Hadès était sur une petite île en Grèce avec sa famille. Je ne savais pas où ils s’étaient établis, mais c’était un point de départ. Trouver une villa tape-à-l’œil avec un immense grenadier dans le jardin semblait le plus simple.

« Bon, j’ai peut-être un plan, lançai-je finalement. Mais préparez-vous, car ça va pas être simple. »

Le cureton me donna une tape enthousiaste dans le dos, puis regretta immédiatement son geste. Il se confondit en excuses. Je levai un sourcil moqueur. 

« Par contre, avant toute chose, il faut régler ça, dis-je en montrant le ballet de spectres qui volait en décrivant des arabesques dans le ciel. Ça fait désordre.

— On va avoir plus de boulot que tu le penses, ajouta Shasha en désignant un buisson grouillant d’yeux rougeoyants de l’autre côté de la route.

— Super… Les perdants doivent sortir les poubelles et ranger derrière, pestai-je.

— Quand faut y aller… » conclut-elle en ressortant son téléphone et en brandissant son chapelet. 

Le cureton se plaça entre nous et dégaina sa bible d’un air confiant. Je pouffai. À nous trois, je sentais qu’on allait former une putain de fine équipe.

Attends-nous, gamine : la cavalerie arrive.

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